La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Double Inconstance (ou presque)

La Double Inconstance (ou presque) - Critique sortie Théâtre saint denis Théâtre Gérard Philippe - Centre Dramatique National de Saint-Denis
La Double Inconstance (ou presque), une création de Jean-Michel Rabeux. Crédit : Ronan Thenadey.

Théâtre Gérard-Philipe – CDN de Saint-Denis / d’après Marivaux / adaptation et mes Jean-Michel Rabeux

Publié le 19 février 2018 - N° 263

De Marivaux, il avait mis en scène La Fausse Suivante en 1981 et Arlequin poli par l’amour en 2001. Aujourd’hui, Jean-Michel Rabeux fait jaillir toute la densité contemporaine de La Double Inconstance. Magnifique.

Il y a ce « ou presque » intégré au titre du spectacle. Comme une retenue, une brèche faite dans la pièce de Marivaux. Pourtant, nous assistons bien à La Double Inconstance. A l’histoire des amours sacrifiées de Sylvia et d’Arlequin. Aux savantes manœuvres d’un Prince qui piétine sans complexe la vie des deux jeunes villageois pour satisfaire ses désirs. A la violence froide de stratégies de séduction qui camouflent l’égoïsme et la férocité derrière les atours de l’élégance. Mais tout cela dans une version qui se repense et se réinvente aujourd’hui. Qui respire et résonne ici, maintenant, dans notre époque, pour les spectatrices et spectateurs que nous sommes. Tout ceci n’a rien à voir avec une manière de regarder de haut une œuvre du passé, avec une façon de plaquer des artifices contemporains comme autant d’alibis de modernité. Jean-Michel Rabeux n’est ni dans le surplomb, ni dans les effets de mode. Son univers – d’une profonde liberté – va chercher dans la particularité des corps, des êtres, des vies. Sans jamais faire de concession aux usages et aux convenances.

Des arabesques de la comédie aux déflagrations de la tragédie

« J’allège, je dynamise, explique le metteur en scène, je n’actualise pas, je livre la substantifique moelle. » C’est précisément ce qui ressort de ce travail vif, tranchant, joyeux. Un travail d’une grande authenticité. D’une grande finesse. L’âme rose et noire de ce théâtre de précipices se déploie, mise en mouvement par l’évidence du groupe de comédiennes et comédiens réunis pour lui donner naissance. Morgane Arbez (Sylvia), Aurélia Arto (Lisette), Claude Degliame (Le Prince), Hugo Dillon (Arlequin), Roxane Kasperski (Flaminia) et Christophe Sauger (Trivelin) confèrent toute l’intensité nécessaire à cette farandole de chamarrures, de tutus, de perruques, de jeux de travestissement de toutes sortes. Au sein d’un très beau décor en trompe-l’œil signé de la plasticienne-photographe Noémie Goudal, cette Double Inconstance touche au plus juste. Alors, point de « presque » à faire figurer en réserve de cette proposition admirable. C’est bien la pièce de Marivaux qui se révèle à nous. La Double Inconstance dans ce qu’elle a peut-être de plus essentiel et de plus poignant.

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

La Double Inconstance (ou presque)
du Samedi 3 mars 2018 au Dimanche 25 mars 2018
Théâtre Gérard Philippe - Centre Dramatique National de Saint-Denis
59 boulevard Jules-Guesde, 93200 Saint Denis

Du lundi au samedi à 20h, le dimanche à 15h30. Relâche les mardis. Durée de la représentation : 1h45.Tél. : 01 48 13 70 00. www.theatregerardphilipe.com


Spectacle vu lors de sa création à La Rose des Vents – Scène nationale Lille Métropole / Villeneuve d’Ascq, le 25 janvier 2018.


Egalement les 19 et 20 avril 2018 au Théâtre des Salins – Scène nationale de Martigues.


 


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