La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Boris Charmatz

La danse, un art contemporain

La danse, un art contemporain - Critique sortie Avignon / 2011

Publié le 10 juillet 2011

Danseur, chorégraphe, et jeune directeur du Centre Chorégraphique National de Rennes, Boris Charmatz est l’artiste associé de ce 65ème Festival d’Avignon. L’an passé, il y présentait deux pièces. Cette année, il récidive, poursuivant avec le Festival sa réflexion sur les espaces possibles pour la danse.

Il y a, dans votre association avec le Festival d’Avignon, la reprise d’idées qui fondent votre travail à la tête du Centre Chorégraphique de Rennes, rebaptisé « Musée de la Danse ». Pouvez-vous nous les rappeler ?
 
Boris Charmatz : C’est d’abord l’idée de fabriquer un autre type d’espace public pour la danse, en partant d’une volonté de diversifier le type de lieux dévolus à la danse. On dispose surtout d’institutions comme des écoles de danse, des théâtres qui programment de la danse (un peu), mais j’avais l’impression qu’on manquait de tiers espaces, d’endroits un peu différents. Pour moi, cela résonnait avec les possibilités d’un musée d’aujourd’hui : un musée qui serait une sorte de musée vivant de la danse, comme un musée d’art contemporain fait par et pour la danse. Il y a un vrai changement aujourd’hui sur ce que peut être un musée, sur ce que la danse peut créer au musée, et sur comment on peut créer de l’art contemporain avec de la danse. Nous sommes à un endroit de réflexion, de fabrique de prototype, ce qui nous permet d’être inventifs.
 
Est-ce cette idée de réflexion et d’expérimentation que vous avez voulu transporter à Avignon ?
 
B. C. : On ne transporte pas le Musée de la Danse à Avignon, car ce n’est pas un projet clef en main. Mais que fait-on du passé, et quel type de lieu développe-t-on pour avoir un mélange de théorie, de pratique, de pédagogie, de spectacle ? Comment fait-on pour passer d’un paradigme de pur spectacle à un endroit flottant et ouvert où l’on peut avoir tout ça à la fois ? En visitant l’école d’art d’Avignon, cela nous a sauté aux yeux : nous avons décidé de l’investir et d’inventer des choses simples, comme un prototype de ce que serait le Musée de la Danse. Une Ecole d’Art abrite le travail de Tino Sehgal, de Tim Etchells, de William Forsythe, ainsi que les sessions poster – un format hybride entre conférence, performance, exposition avec des artistes invités… Cela résonne avec ce que l’on développe à Rennes au CCN.
 
Comment votre présence associée au Festival transpire-t-elle autrement dans le cadre de la programmation du Festival ?
 
B. C. : L’artiste associé est quelqu’un qui débat, qui échange avec la direction, mais qui n’est pas là pour remplir des cases. C’est d’abord une manière de regarder les choses, ensemble. C’est un regard commun posé, par exemple, sur Cécilia Bengolea et François Chaignaud, deux artistes qui ont travaillé avec moi dans l’école Bocal : ils présentent un projet sur les danses libres de Malkowsky, et un autre sur le voguing aux Etats-Unis, l’anti-Judson Church des années soixante-dix avec toute la problématique sur le genre, sur le travestissement. Un projet qui pourrait tout à fait faire partie d’un Musée de la Danse. Tout comme Le Petit Projet de la Matière, que nous avons produit, qui est un projet d’Odile Duboc réinventé avec des enfants… La préoccupation du corps peut également se retrouver chez Chéreau car c’est un metteur en scène qui travaille beaucoup sur la chair, sur le désir, le mouvement. Il y aura beaucoup de créations, donc beaucoup de surprises !
 
« Ce qui m’intéresse, c’est de plonger le public dans une façon de percevoir par le corps. »
 
Vous présentez vous-même une création, et une reprise de Levée des conflits dans une forme un peu particulière…
 
B. C. : La création Enfant rassemble 27 enfants de Rennes et 9 danseurs adultes. J’ai envie de travailler sur l’inertie, le sommeil, le corps qui se donne entièrement à l’autre dans un rapport d’extrême confiance, et les enfants amènent aussi leur énergie, leurs désirs, leur impétuosité et leur imprévisibilité. Quand j’ai vu la reprise du Projet de la Matière à Rennes, avec des enfant très jeunes faire des danses les yeux fermés, improviser et se laisser aller à des jeux de poids, cela m’a vraiment touché. C’est l’opposé de l’enfant MTV, de l’enfant consommateur. Ce qui m’intéresse, c’est de plonger le public dans une façon de percevoir par le corps, c’est que le spectateur puisse se projeter dans ce que les enfants ressentent. Quant à Levée des conflits, ce sera une version beaucoup plus brute qu’à l’origine : Avignon étant la ville du plein air, j’ai eu envie de le retravailler et de le donner au Stade de Bagatelle. On sera nez à nez avec la danse, le public tout autour, à même le sol avec nous, ce qui crée, pour les artistes et pour le public, de nouvelles expériences. Levée des conflits est une pièce pour vingt-quatre danseurs, et nous sommes tous contents de cette possibilité. On me parle beaucoup du risque, de la pression, des polémiques au sujet de ce Festival d’Avignon. Mais Avignon est aussi un endroit de plaisir, qui circule entre les artistes et les spectateurs. Un plaisir partagé et commun.
 
Propos recueillis par Nathalie Yokel


 
Festival d’Avignon. Enfant, de Boris Charmatz, du 7 au 12 juillet dans la Cour d’honneur du Palais des Papes Levée des conflits, de Boris Charmatz, du 16 au 18 juillet au stade de Bagatelle. Une Ecole d’Art, pendant tout le Festival. Tél : 04 90 14 14 14.

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