Théâtre - Entretien

La Cerisaie

Le comédien et metteur en scène Christian Benedetti. Crédit : Simon Annand

Théâtre-Studio d’Alfortville / d’Anton Tchekhov / mes Christian Benedetti

Christian Benedetti reprend sa mise en scène de La Cerisaie, pour trois semaines, au Studio-Théâtre d’Alfortville. Avant de présenter, la saison prochaine, son Intégrale Tchekhov — cycle regroupant quinze pièces de l’auteur russe.

Pourquoi avoir voulu revenir à La Cerisaie, avant d’aller plus avant dans votre Intégrale Tchekhov ?

Christian Benedetti : D’abord parce que nous ne n’avions pas encore joué cette pièce chez nous, à Alfortville (ndlr, Christian Benedetti dirige le Théâtre-Studio d’Alfortville depuis 1997). Et puis, je crois aussi que cette pièce sur le chagrin correspond assez bien à notre époque, aux années de passage, de transition que l’on est en train de vivre. Car d’une certaine façon La Cerisaie annonce, au début du XXème siècle, un nouveau théâtre et un nouveau monde. Cette pièce se situe, comme nous le sommes aujourd’hui, à un point de basculement de l’histoire.

Cette œuvre, qui est la dernière écrite par Tchekhov, représente-t-elle pour vous un aboutissement de son théâtre ?

C.B. : Sans doute. C’est comme si, avec La Cerisaie, Tchekhov arrivait à la fin de la conversation qu’il entretenait avec nous. Avec cette pièce, il ouvre toutes les voies du théâtre contemporain de son temps. A ce titre, il est très intéressant de remarquer que certains passages de La Cerisaie sont presque de l’ordre du théâtre de l’absurde. On y trouve en effet des choses assez énigmatiques. Je crois qu’il ne faut pas forcément essayer de trouver des explications rationnelles à ces choses, mais plutôt accepter que certains aspects de cette pièce puissent nous échapper.

« Tchekhov m’apprend à regarder, à réécouter, à raturer, à amender, à améliorer… »

Après cette reprise, vous allez revenir à votre Intégrale, que vous présenterez en tournée la saison prochaine…

C.B. : C’est ça. Nous allons d’abord créer Ivanov en novembre prochain, au Théâtre de l’Athénée, dans la première version de la pièce. Ce sera une proposition très dure, très rapide. Nous créerons ensuite Etre sans père (ndlr, pièce plus couramment intitulée Platonov) en 2019, au Printemps des Comédiens, avant de reprendre en tournée l’ensemble des pièces de notre Intégrale. Nous jouerons alors une pièce par jour en alternance et, le week-end, les six « grandes pièces » à la suite (ndlr, Etre sans père, Ivanov, La Mouette, Oncle Vania, Trois Sœurs, La Cerisaie), accompagnées des neuf pièces en un acte. Tout cela dans l’ordre de l’écriture.

Sept ans après la création de La Mouette, pièce avec laquelle vous avez initié cette exploration de l’œuvre de Tchekhov, quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette traversée ?

C.B. : J’ai une chance inouïe de vivre cette expérience-là. J’ai vraiment l’impression, depuis sept ans, d’être en conversation avec Tchekhov. Je découvre chaque jour des choses différentes. Tchekhov m’apprend à regarder, à réécouter, à raturer, à amender, à améliorer… C’est un auteur qui demande au metteur en scène d’être à la place que je crois la plus juste : celle de l’humilité. Il ne s’agit pas de se signaler, de se mettre en avant. Il faut juste être là pour rendre la chose possible, comme un dépositaire de la structure de l’œuvre. C’est une place essentielle, centrale, mais qui n’est pas celle du premier plan.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

 

A propos de l'événement

La Cerisaie
du Lundi 5 mars 2018 au Samedi 24 mars 2018
Théâtre-Studio d’Alfortville
16 rue Marcelin-Berthelot, 94140 Alfortville

Du lundi au samedi à 20h30. Durée du spectacle : 1h30. Tél. : 01 43 76 86 56. www.theatre-studio.com


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