La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Joël Pommerat met en scène Amour (2), prolongement d’une expérience théâtrale en prison

Joël Pommerat met en scène Amour (2), prolongement d’une expérience théâtrale en prison - Critique sortie Théâtre Marseille Théâtre des Bernardines
Elizabeth Carecchio / L’auteur et metteur en scène Joël Pommerat.

Théâtre des Bernardines / texte et mise en scène Joël Pommerat

Publié le 19 mai 2022 - N° 299

C’est en avril 2019, à la maison centrale d’Arles, que l’auteur et metteur en scène Joël Pommerat a créé Amour (1), un objet théâtral interprété à l’intérieur de la prison par un groupe de détenus. Aujourd’hui libérés, trois de ces acteurs présentent, aux côtés de trois comédiennes, une nouvelle version de ce spectacle destinée à être jouée au sein de lieux non théâtraux.

Comment avez-vous été amené à faire du théâtre au sein de la maison centrale d’Arles ?

Joël Pommerat : J’y suis allé la première fois en 2014, pour rencontrer un détenu, Jean Ruimi, qui souhaitait mettre en place un atelier de théâtre. L’autorisation d’organiser cet atelier lui a été accordée, avec la recommandation de se faire accompagner par un artiste professionnel. C’est à ce moment-là que j’ai été contacté. Au début, je n’étais pas persuadé d’être la bonne personne pour cela. Mais finalement, après avoir rencontré Jean Ruimi, j’ai trouvé son projet intrigant, ambitieux, avec une véritable démarche artistique. Cela m’a donné l’envie et la curiosité de prendre part à ce travail. Intitulé Désordre d’un futur passé, ce premier spectacle a été une réussite. Il nous a donné envie de continuer. C’est ainsi que sont nées une adaptation de Marius de Pagnol, puis Amour (1), la première version de la représentation que nous présentons aujourd’hui. Les différentes scènes de ce spectacle à fragments sont liées à la relation amoureuse au sens large, pas simplement à l’Amour avec un grand A, mais aussi au manque d’amour, à tout ce qui fait lien ou non entre deux êtres.

Pourquoi avez-vous choisi, pour cette nouvelle version d’Amour (1), de conserver l’idée d’une représentation sans décor, sans costume, sans lumière… ?

P.: Ce dépouillement est né d’une contrainte. C’est l’institution pénitentiaire qui nous a demandé, pour Amour (1), de créer un spectacle léger. Le dépouillement qui en a résulté nous a permis d’éprouver une expérience forte et irremplaçable. Nous avons compris et senti des choses nouvelles, des choses essentielles, notamment que le dénuement esthétique et la proximité avec les spectateurs permettent un lien poussé à son extrême avec le public. J’ai eu envie, avec Amour (2), de prolonger cette expérience à l’extérieur de la prison.

« Mon théâtre cherche l’intimité, cherche à établir un lien fort entre les spectateurs et les acteurs. »

Diriez-vous que cette nouvelle façon de faire du théâtre correspond, dans ses fondamentaux, au théâtre que vous créez depuis les années 1990 avec la Compagnie Louis Brouillard ?

P.: Je pense que oui. Ce qui ne veut pas dire que le travail esthétique que je réalise habituellement ne sert à rien. Car le dépouillement d’Amour (2) ne fonctionnerait pas au sein d’un théâtre, dans un rapport scène/salle traditionnel. Devant une salle de cinq cent personnes, ce dépouillement ne pourrait évidemment pas être reçu de la même façon que par 50 personnes installées dans une pièce de 70 mètres carrés. Finalement, je crois que même lorsqu’il met en jeu de grands effets de mise en scène, mon théâtre cherche l’intimité, cherche à établir un lien fort entre les spectateurs et les acteurs.

Pensez-vous que l’expérience que vous avez vécu en créant Amour (2) va faire évoluer votre travail ?

P.: J’ai en effet l’impression que je ne pourrai plus faire du théâtre comme si cette expérience n’avait pas eu lieu. Mais, avant cela, j’avais déjà créé des spectacles qui avaient pour objectif de produire de la proximité, de casser l’éloignement qu’induit un rapport scène/salle traditionnel. Notamment à travers des scénographies circulaires, ou un dispositif en bifrontal. Et puis, pour Ça ira (1) Fin de Louis, j’ai fait en sorte que la scène se prolonge dans la salle. La question de l’éloignement et de la proximité a toujours été pour moi une question essentielle.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Amour (2)
du mardi 7 mars 2023 au samedi 25 mars 2023
Théâtre des Bernardines
17 Boulevard Garibaldi, 13001 Marseille

Tél : 08 2013 2013.


Site : lestheatres.net


x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le Théâtre

Inscrivez-vous à la newsletter

[sibwp_form id=1]

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le Théâtre