La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Je suis le vent

Je suis le vent - Critique sortie Théâtre Péronne Espace Mac Orlan
Laurent Manzoni et Airy Routier dans Je suis le vent. Crédit visuel : Pascal Gely

Critique / Région Espace Mac Orlan à Péronne / de Jon Fosse / mes Lukas Hemleb

Publié le 12 octobre 2014 - N° 224

Lukas Hemleb met en scène les comédiens Laurent Manzoni et Airy Routier dans Je suis le vent de Jon Fosse. Un voyage au cœur de l’existence qui ne tient pas ses promesses.

Créée en langue anglaise par Patrice Chéreau en 2011 (ce fut son dernier spectacle pour le théâtre), la pièce de Jon Fosse Je suis le vent* est aujourd’hui mise en scène par Lukas Hemleb (artiste associé à la Maison de la Culture d’Amiens) avec dans les rôles de L’Un et de L’Autre — les deux personnages de la pièce — les comédiens Airy Routier et Laurent Manzoni. On ne dira jamais assez la singularité et la force, la beauté de cette écriture faite de silences et de résonnances, de ressassements, de submersions et de jaillissements métaphysiques. Il n’est sans doute pas inutile de rappeler, également, la complexité que représentent, pour les artistes qui s’en emparent, cette matière littéraire et théâtrale particulièrement exigeante, ces répliques heurtées, trouées, répétitives, d’une âpreté et d’une quotidienneté épineuses. Car donner corps et chair aux questionnements sur la vie, la mort, la solitude, la peur, l’invisible, l’indicible qui peuplent l’œuvre du dramaturge norvégien (né en 1959), réussir à faire émerger les saisissements des mondes à la fois concrets et fuyants, verticaux et horizontaux, qu’elle cherche à révéler, est loin d’aller de soi.

Un jeu de lego qui tourne à vide

C’est ce que l’on se dit au sortir de la représentation de Je suis le vent conçue par Lukas Hemleb, qui a collaboré pour l’occasion avec le metteur en scène bolognais Pietro Babina (il signe la scénographie et les costumes). Une représentation atone, flottante, qui ne parvient jamais à dépasser les limites d’un formalisme plat. Sur une surface blanche recouverte de caisses en plastique s’encastrant les unes sur les autres, les deux acteurs adressent leurs répliques en construisant et déconstruisant des tours, des murs, une pyramide… Tout se déroule comme si les deux réalités que le metteur en scène convoque sur le plateau — les questionnements et balancements existentiels du texte, les va-et-vient du procédé scénographique — ne pouvaient que rester étrangères l’une à l’autre. Et, même, que jouer l’une contre l’autre. Ne ressort ainsi de Je suis le vent ni la profondeur humaine, ni la fulgurance poétique de cette déambulation maritime à portée métaphorique. Ecrasée par ce jeu de Lego géant qui tourne à vide, la pièce de Jon Fosse donne l’impression d’un corps exsangue. D’un corps sans souffle, sans vie.

* L’œuvre de Jon Fosse est publiée chez L’Arche Editeur.

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Je suis le vent
du Mardi 14 octobre 2014 au Mercredi 4 mars 2015
Espace Mac Orlan
Avenue de la République, 80200 Péronne, France

Le 14 octobre 2014 à 20h. Durée de la représentation : 1h10. Spectacle vu lors de sa création à la Maison de la Culture d’Amiens – Centre européen de création et de production, en octobre 2014. Tél. : 03 22 73 31 16. www.ville-peronne.fr . www.maisondelaculture-amiens.com


Egalement les 16 et 17 octobre 2014 à La Comète – Scène nationale de Châlons-en-Champagne ; le 4 mars 2015 au Teatro Arena del Sole à Bologne (avec une distribution italienne).


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