La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Propos recueillis

Jambenoix Mollet

Jambenoix Mollet - Critique sortie Théâtre
Crédit : Sabine Delcour Légende : Dans Mister Monster, la forêt recèle d’étranges personnages…

Publié le 10 janvier 2011 - N° 184

Mister Monster

Autrefois collectif, la compagnie Anomalie s’articule aujourd’hui autour de Jambenoix Mollet, qui fait appel à des collaborations artistiques de tous ordres. Comme ici, pour la création de Mister Monster écrit et mis en scène par Philippe Eustachon.

« Cette création est une pièce écrite et mise en scène par Philippe Eustachon, avec qui j’ai travaillé précédemment sur Le Grand Nain. Avec lui, nous avons voulu interroger la relation entre nature et civilisation, l’idée de notre épanouissement dans le monde, soit dans un monde sauvage, primaire, soit dans notre société du formalisme, des conventions, des règles et des lois. Nous avons creusé la thématique de l’enfant sauvage, et Philippe a trouvé la trace d’un conte, l’histoire de Valentin et Orson, qui est assez peu connue en France. Leur mère est en exil, répudiée par le roi son mari. Au moment où elle traverse la forêt, elle accouche de jumeaux, et une ourse enlève l’un deux. Pendant qu’elle tente en vain de le secourir, le roi trouve l’autre enfant resté seul et l’adopte. L’enfant élevé par l’ourse devient la terreur de la forêt, un monstre rejeté par les hommes et par les animaux. Son frère décide d’aller délivrer la forêt de son monstre. Il le ramène à la cour, on s’occupe de lui et cet homme sauvage devient peu à peu plus puissant que son frère, et il devient roi. Au bout de sept ans, il décide de retourner, seul, à sa forêt.
 
Le conte comme inspiration libre pour le travail avec le groupe
 
On peut voir ce spectacle comme une performance, dans une scénographie qui sépare très clairement l’espace en deux : la ville, une bande blanche en avant-scène de deux mètres de large, et la forêt, c’est-à-dire le reste du plateau, noir. Toute la pièce repose sur une sorte d’expérience, vécue par un groupe de gens qui se réunissent sans que l’on sache pourquoi. Sont-il un groupe de bourgeois, sont-ils une secte ? Ils viennent pour se frotter à la forêt. L’expérience consiste à sentir les influences, les jeux d’un espace à un autre. Et cette forêt va transformer chacun des individus de façon différente. Du conte reste de façon très forte la notion de monstre, comme représentant de nos propres fantasmes et peurs. L’expérience consiste à rattraper le monstre pour le ramener dans la ville, et pour se confronter à son propre monstre. Il ne s’agit pas d’un spectacle de cirque : le cirque est une espèce de bagage, de langage, que l’on possède nous, interprètes. J’insiste sur cette notion d’interprète, car je crois qu’aujourd’hui nous ne sommes plus des techniciens, mais devenons interprètes d’un projet. Sur celui-ci, il n’y a rien d’ostentatoire, pas d’accessoire du cirque. La physicalité est utilisée pour exprimer des puissances, des forces, des connexions, des violences. Qui de la ville, qui de la forêt est le plus monstrueux ? »
 
Propos recueillis par Nathalie Yokel


Mister Monster de Philippe Eustachon, par la compagnie Anomalie et les Witotos, sur une idée originale de Philippe Eustachon et Jambenoix Mollet, du 21 au 23 janvier à 20h45 et le dimanche à 17h, à la Ferme du Buisson, allée de la ferme, Noisiel, 77748 Marne-la-Vallée. Tel : 01 64 62 77 77. Et en tournée du 3 au 16 avril à la Grande Halle de la Villette, puis le 7 mai au Théâtre de Brétigny.

A propos de l'événement



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