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Classique / Opéra - Entretien

Innovasound, un ambitieux nouveau festival initié par Benoît Sitzia : pour réinventer l’expérience musicale

Innovasound, un ambitieux nouveau festival initié par Benoît Sitzia : pour réinventer l’expérience musicale - Critique sortie Classique / Opéra Paris CENTQUATRE-PARIS
DR Benoît Sitzia

FESTIVAL / PARIS / CENTQUATRE / RESEAU SPEDIDAM

Publié le 12 novembre 2019 - N° 281

Nouveau festival, Innovasound prend place au CentQuatre Paris, au sein du salon Virtuality, événement majeur des acteurs de la réalité augmentée et des technologies immersives. Innovasound envisage le concert comme une expérience intense, tant pour les interprètes que pour le public – une expérience qui gagne à se nourrir des apports de la technologie, possibles vecteurs de nouvelles relations à l’écoute. Trois journées de concerts mais aussi d’ateliers et de rencontres, pour une approche ludique, didactique, sensorielle et artistique de la musique.

Directeur du Collège contemporain, Benoît Sitzia, musicien et compositeur de formation, est l’initiateur d’Innovasound. Il détaille les enjeux de ce festival unique en son genre qui souhaite faire se rencontrer public et artistes autour des questions de technologie, création et diffusion.

De quel désir, de quelle intuition peut-être, est née l’idée de ce nouveau festival ?
Benoît Sitzia : Le festival Innovasound est né de la complémentarité d’une conviction et d’une nécessité… La conviction qu’en pleine mutation économique et structurelle le secteur musical, et plus particulièrement de la création musicale, a plus que jamais besoin d’imaginer et de créer ses nouvelles conditions de vie et d’expansion. Et de la nécessité de construire et de diversifier les espaces de diffusion et de valorisation des artistes et des œuvres en développant des expériences évènementielles uniques qui multiplient les points d’accès pour tous les publics.

Comment chacun des trois concerts au programme illustre la vision qui vous anime ? 
B.S. : En déclinant différentes approches créatives des œuvres musicales et de la matière sonore, nous avons souhaité mettre à mal certains clichés qui entourent encore trop souvent la musique contemporaine. En immergeant ainsi son public dans la richesse et la diversité qui caractérise la création musicale d’aujourd’hui, notre souhait est de permettre une rencontre entre des publics de sensibilités différentes tout en créant une corrélation forte entre les artistes, les programmes et les technologies présentées tout au long du festival. C’est dans ce but que chaque journée proposera une thématique particulière explorant tant les univers de la musique mixte, qu’électronique, numérique et instrumentale.

« Immerger le public dans la richesse et la diversité de la création. »

Quel sera le rôle de la Spedidam dans le projet ? 
B.S. : La Spedidam est le principal partenaire et soutien du festival grâce à son intégration dans son réseau labellisé. Cette collaboration est née d’un souhait commun de soutenir les artistes interprètes œuvrant pour la création en leur offrant un espace d’expression porteur. La force de la Spedidam c’est la confiance qu’elle place dans les musiciens et dans leurs capacités à proposer les solutions les plus adaptées aux besoins de ce secteur. Ce lien immédiat avec les acteurs et actrices de la création m’a immédiatement convaincu, étant moi-même compositeur.

Pourquoi installer cette première édition dans le cadre de Virtuality ? 
B.S. : Virtuality est un de des principaux acteurs de promotion des technologies immersives de pointe en France et à l’étranger. Travailler avec ce partenaire dans le cadre idyllique du CentQuatre-Paris permet à Innovasound de faire un pont concret entre les artistes et l’industrie technologique. En plein cœur du salon se trouvera donc le village du festival, composé d’un espace dédié à nos partenaires ainsi que d’un espace d’exposition pour les nouveaux outils de la musique. Entre expériences ludiques et didactiques, nouvelles lutheries et siestes musicales au casque, il y en aura pour les yeux et les oreilles !

 

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec

 

Trois temps d’immersion : Odile Auboin, Franck Vigroux, Antoine Schmitt, le Trio Sacher et les solistes de l’Ensemble Intercontemporain.

Mixsounds

Pour le premier concert, l’altiste Odile Auboin a souhaité proposer au public « un parcours sonore riche à travers le geste instrumental, en partant de l’instrument acoustique, puis son amplification par l’électronique jusqu’à son extension dans l’absolu par le biais de capteurs qui remplacent l’instrument et l’archet pour sculpter les sons ». Un parcours que la musicienne, membre de l’Ensemble intercontemporain et du Collège contemporain, a tracé en s’appuyant sur l’œuvre de compositeurs qui lui sont chers : Pierre Boulez (qui lui avait confié la création de la version pour alto d’Anthèmes), Peter Eötvös (Désaccord 2 pour deux altos, avec Jossalyn Jensen) ou Martin Matalon (Traces II, où l’électronique vient amplifier la virtuosité de l’alto). Gilbert Nouno, compositeur, artiste sonore et multimédia, réalisateur en informatique musical de longue date à l’Ircam, a quant à lui conçu pour Odile Auboin une pièce pour « alto virtuel » où les capteurs électroniques tiennent lieu d’archet et d’instrument. Gilbert Nouno sera également à l’œuvre pour l’interprétation des parties électroniques des œuvres mixtes (celle de Martin Matalon, mais aussi Metallics de Yan Maresz avec le trompettiste Vincent Saunier).

Electrosounds

S’il est aisé pour Odile Auboin de revendiquer une musique d’aujourd’hui qui trouve ses racines dans la musique ancienne, Franck Vigroux, qui sera sur scène le 22 novembre avec l’artiste vidéo Antoine Schmitt, se situe lui aussi dans une continuité historique : « Je me sens très classique. Ma pratique d’interprète est issue de la transformation électroacoustique et de l’évolution de la lutherie électronique ». Leur performance, Chronostasis, est un concert hybride, où la musique et les images dialoguent d’égal à égal autour d’un projet dramaturgique fort : sonder l’élasticité du temps. Tout ici est joué live ; c’est un spectacle vivant dans lequel « l’expérience physique, la physicalité du son est importante ». Idem pour la performance du compositeur et dj eRikm qui précèdera sur scène Franck Vigroux et Antoine Schmitt.

Chronostasis, un concert A/V de Franck Vigroux et Antoine Schmitt.
© Quentin Chevrier

Poeticsounds

La dernière journée renoue en apparence avec une certaine modernité classique : une traversée du dernier demi-siècle à travers des pièces solistes ou chambristes, de Luciano Berio à Toshio Hosokawa, de Harrison Birtwistle à Matthias Pintscher, jouées par le Trio Sacher ou les solistes de l’Ensemble intercontemporain. Cette fois, c’est l’écoute elle-même qui se fait immersive, comme avec ce « Songe d’une nuit de Sabbat », plongée – en réalité augmentée – au cœur de la Symphonie fantastique de Berlioz. C’est une écoute différente, individualisée, informée, participative qu’Innovasound entend promouvoir, en liaison avec les acteurs réunis au sein du salon Virtuality.

 

Jean-Guillaume Lebrun

 

A propos de l'événement

Festival Innovasound
du Jeudi 21 novembre 2019 au Samedi 23 novembre 2019
CENTQUATRE-PARIS
5 rue Curial, 75019 Paris.

https://www.virtuality.fr/fr/virtualityparis/INNOVASOUND/


Tél. 01 53 35 50 00


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