La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Entretien / Françoise Benhamou

« Il faut que les œuvres vivent. »

« Il faut que les œuvres vivent. » - Critique sortie Avignon / 2010
Françoise Benhamou

Publié le 10 juillet 2008

Economiste de la culture, professeur des universités, auteur de plusieurs ouvrages dont L’économie de la culture (La Découverte) et Les dérèglements de l’exception culturelle (Le Seuil), Françoise Benhamou livre quelques pistes de réflexion sur la politique culturelle en France.

Comment envisagez-vous le concept d’exception culturelle en France ? 
Françoise Benhamou : Le concept d’exception au sens strict, c’est-à-dire la mise à l’écart des biens culturels lors des négociations internationales, est aujourd’hui fragilisé. La notion même d’exception est plus fragile parce que la culture irrigue davantage l’intérieur de la société, elle est partout donc moins exceptionnelle. Le concept d’exception a évolué pour devenir une notion d’une nature très différente, à savoir la diversité culturelle, une notion sans doute plus porteuse. L’idée d’exception s’est affaiblie, elle s’apparente un peu trop à un slogan, et a besoin d’être repensée sur un certain nombre de points, ce d’autant plus à l’ère d’Internet et d’innombrables échanges mondiaux. Plusieurs chantiers doivent s’ouvrir régulièrement afin d’actualiser une référence qui n’est pas obsolète, mais un peu fanée. Par exemple il convient de s’interroger sur les rapports que la culture entretient avec les échanges marchands.

« Un gros travail est à faire pour aider les compagnies à mettre en place de vraies stratégies de circulation des œuvres. »

Peut-on parler d’un clivage droite/gauche en matière de politique culturelle ?
F. B. : Oui et non. Des deux côtés prévaut la volonté d’aller dans le sens de ce que souhaitent les artistes, en ne prenant d’ailleurs pas toujours en compte à quel point les artistes ne constituent pas une population homogène. Depuis Malraux, la position française justifie l’effort public en matière de politique culturelle. La spécificité économique et symbolique des activités culturelles, qui ne sont pas rentables et n’ont pas vocation à l’être dans leur majorité, nécessite une intervention publique. Des différences existent entre droite et gauche, mais on ne peut parler de clivage clairement défini. Certes, dans l’approche sarkozyste, on a pu entendre cette idée que la demande doit un peu dicter les évolutions de la politique culturelle, ainsi la lettre de mission à Christine Albanel soulignant la nécessité d’augmenter la fréquentation du public et déplorant les salles vides, ce qui évidemment ne peut se définir comme un critère en soi d’évaluation des politiques publiques.

Peut-on parler aujourd’hui de désengagement de l’Etat ? 
F. B. : Je ne crois pas. Le budget est conséquent, et la ministre demeure assez présente. En revanche l’Etat peut revendiquer des choix qui ne sont pas ceux de tous. L’inquiétude concerne les difficultés que vont rencontrer les collectivités territoriales du fait de la crise, car ce sont elles les financeurs de la culture en très large partie pour les établissements de province. L’Etat finance surtout les gros établissements parisiens. Quant au mécénat, il reste marginal, et ne constitue pas un substitut de l’action publique, c’est d’autant plus vrai qu’en temps de crise le mécénat est une variable d’ajustement pour les entreprises.

Que pensez-vous de la démocratisation culturelle aujourd’hui ? 
F. B. : L’action culturelle de longue haleine chez les jeunes fonctionne bien. Des coupes ont été effectuées dans ce domaine et j’en suis inquiète. La culture est inégalement consommée, certaines zones rurales sont plus déshéritées tandis que d’autres comme les régions Rhône-Alpes ou Ile-de-France sont particulièrement dotées. Un travail patient et régulier est à même d’irriguer le territoire. Il ne faudrait pas que ce travail s’étiole et disparaisse.

Que pensez-vous de la circulation des œuvres sur le territoire ? 
F. B. : C’est un sujet très important. Beaucoup de créations bénéficient d’une diffusion insuffisante, on peut y remédier par une diffusion plus longue mais surtout par une circulation des œuvres accrue, de plus en plus internationale. Un gros travail est à faire pour intensifier cette circulation, pour aider les compagnies à mettre en place de vraies stratégies de circulation des œuvres. C’est important aussi pour les industries culturelles. Il faut que les livres soient dans les librairies, les grandes surfaces, les bibliothèques, il faut que les œuvres vivent. Cette question de diffusion et de circulation permet de confronter et de lier deux sujets qu’on a tendance à traiter de manière complètement disjointe, ceux de l’offre et de la demande. Il est possible d’améliorer la synergie entre les deux.

Propos recueillis par Agnès Santi

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