La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Igor Mendjisky

Igor Mendjisky - Critique sortie Théâtre
Légende : Igor Mendjisky Copyright : néant

Publié le 10 avril 2011 - N° 187

Tous ensemble au présent

Changement de cap après un Hamlet au Mouffetard, Igor Mendjisky et la compagnie des Sans cou proposent une création collective à l’Atalante : J’ai couru comme dans un rêve (précipité d’intranquillité) qui met à l’honneur un théâtre du vivant.

Pourquoi avez-vous décidé de procéder à une création collective ?
Igor Mendjisky : Dans notre compagnie, nous avons tous autour de trente ans et nous éprouvions la nécessité de nous demander pourquoi nous avions envie de faire du théâtre aujourd’hui. Nous nous sommes donc réunis pendant trois mois en nous interrogeant sur ce dont nous avions envie de parler. Qu’est-ce qui nous bouleverse aujourd’hui ? Qu’a-t-on envie de raconter ? Chacun apportait chaque jour un article de journal, un poème, un tableau…Et petit à petit, nous avons défini ce projet.

De quoi parlera-t-il ?
I.M : J’ai couru comme dans un rêve est l’histoire d’un homme d’une trentaine d’années qui apprend qu’il ne lui reste que quelques jours à vivre en raison d’une tumeur foudroyante. Et dans le même temps que sa compagne est enceinte. A partir de là, il va devoir définir ce qui lui paraît essentiel dans la vie.

Pourquoi ce besoin à 30 ans de se confronter à a présence de la mort ?
I.M : Nous avions envie de faire un théâtre du vivant. Ce qui porte les gens à se rendre au théâtre, c’est certainement ce besoin de voir quelque chose qui se passe en direct, de quelque chose où on est tous ensemble au présent. C’est pourquoi nous avons voulu créer un spectacle qui vienne de nous, qui nous appartienne, où les acteurs chaque soir se parlent vraiment, où ne se pose pas le problème de cette musique qui s’installe dans la répétition des représentations.

« 
Nous avons voulu créer un spectacle qui vienne de nous, qui nous appartienne, où les acteurs chaque soir se parlent vraiment. »
 
Vous laisserez une large part à l’improvisation ?
I.M : Le spectacle s’est constitué à partir de séances d’improvisation. Il n’y a pas de texte. Seulement un squelette narratif que nous avons construit ensemble, un peu à la manière de Mnouchkine, en travaillant sur des scènes et des personnages jusqu’à ce qu’ils nous paraissent fonctionner. A quelques jours de la première, nous n’avons toujours rien fixé par écrit, hors certains passages obligés pour la cohérence dramaturgique. Sur scène, les comédiens se parleront vraiment. Chaque soir, le spectacle sera différent.

Pour dire quoi au final ?
I.M : Pour construire un théâtre qui serve de sas avec la société. Aujourd’hui, chacun se retrouve impuissant face à un monde dont on se demande où il va. L’incessant surplus d’informations nous condamne à être des spectateurs passifs, à mener un combat invisible et inopérant. L’annonce de la mort prochaine du personnage rend plus urgente encore pour lui la nécessité de définir un sens à la vie. Avec le théâtre – il est aidé dans sa quête par un dramaturge qui lui propose un pacte fabuleux – on retrouve à la fois la possibilité de s’inventer et de se retrouver. Comme le dit Mouawad dans Incendies, « maintenant qu’on est ensemble, ça va mieux ».
Propos recueillis par Eric Demey.


J’ai couru comme dans un rêve, création collective, mise en scène d’Igor Mendjisky. Au théâtre de l’Atalante, du 6 au 25 avril à 20h30, le samedi à 19h, le dimanche à 17h, relâche le mardi. Réservations : 01 46 06 11 90.

A propos de l'événement



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