La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

I feel good

I feel good - Critique sortie Théâtre Paris. Les Déchargeurs
Crédit photo : Marie-Clémence David Légende photo : Aude Léger et Pascal Reverte dans I feel good.

Les Déchargeurs / de Pascal Reverte / mes Vincent Reverte

Publié le 21 février 2017 - N° 252

Pascal Reverte et Aude Léger se font voyageurs immobiles dans l’antichambre de la mort et interprètent avec talent, vérité et pudeur, une ode à la vie intelligente, pétillante et poignante.

Comédie sous morphine, hommage à l’escarpin, histoire d’amour avec une fouine, éloge du rugby ou illustration de la pugnacité pince-sans-rire de ceux qui savent que la résistance est une question d’élégance : difficile de définir le dialogue entre l’homme à l’agonie et la fille de Semur, que campent Pascal Reverte et Aude Léger. Le temps d’un bref évanouissement de vingt-neuf secondes dans un service de réanimation, le pancréas en alerte et le cerveau en émoi, un homme tâche de recomposer son histoire, pendant que son corps s’ingénie à trouver les moyens de se digérer lui-même… Il croise une femme qui vient de fracasser sa jeunesse dans un accident de voiture et s’en étonne avec candeur, sans comprendre que son existence vient de basculer irrémédiablement. Elle, alerte et vibrante, va de la vie à la mort ; lui, fourbu mais truculent, revient des Enfers. Comme Orphée et Eurydice, ils sont ensemble dans la seconde qui les sépare : ensemble, certes, mais déjà séparés. Le lieu qui les réunit est l’hôpital, parfaite hétérotopie pour reprendre le concept forgé par Michel Foucault : un espace concret qui héberge l’imaginaire, comme une cabane d’enfant ou un théâtre, et qui est aussi une hétérochronie, en rupture avec le temps réel.

Théâtre de l’expérience littéraire

A chaque seconde du compte à rebours, l’espace se recompose ; et le temps semble ne pas passer : sur un lit d’hôpital, on ne s’ennuie pas vraiment, puisqu’on est installé dans l’éternel retour du même. La maladie est une suspension et l’accident est une rupture : il ne reste à leurs victimes que la force du langage pour rassembler les parties disloquées de leur corps douloureux. On comprend alors pourquoi Pascal Reverte a choisi d’appeler son héroïne « la fille de Semur », en hommage à Jorge Semprún. Le monde concentrationnaire est celui de l’hypertrophie de l’instant et sa discontinuité radicale impose que son récit soit lui aussi discontinu. C’est ce que Semprún appelle « l’expérience littéraire », qui est une expérience du chaos. Pascal Reverte réussit brillamment à la reproduire dans ce texte, qui excède le récit de l’expérience hospitalière et rappelle ce que suggérait Vassili Grossman dans Vie et destin, sur l’identité du regard des déportés avec celui des cancéreux. La mise en scène de Vincent Reverte, précise et rythmée, aménage l’occupation de l’espace scénique en fonction de l’hétérochronie du récit : entrée et sortie, déplacements et gestuelle offrent les conditions d’un pas de deux que les deux comédiens exécutent avec brio.

 

Catherine Robert

A propos de l'événement

I feel good
du Mardi 21 février 2017 au Samedi 18 mars 2017
Les Déchargeurs
3 Rue des Déchargeurs, 75001 Paris, France

Du 21 février au 18 mars 2017. Du mardi au samedi, à 21h30. Tél. : 01 42 36 00 50. Durée : 1h15.


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