La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Les formations artistiques

Une formation exigeante de praticien

Une formation exigeante de praticien - Critique sortie
© D. R.

Publié le 10 octobre 2009

Créée en 2007, la toute jeune ESTBA, Ecole supérieure de théâtre de Bordeaux, installée au cœur du Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine – TnBA, est dirigée comme le théâtre par le metteur en scène Dominique Pitoiset, qui pense la formation à l’échelle européenne, avec exigence, vigilance et ouverture.

Que pensez-vous de la formation dispensée dans les écoles supérieures, et singulièrement à l’ESTBA ?
Dominique Pitoiset :
Je pense que la formation dans nos écoles est bien conçue et d’un bon niveau. Nous élaborons ici des programmes pédagogiques avec des artistes, metteurs en scène et théoriciens  de premier plan. Les élèves sont au quotidien dans le théâtre, travaillent beaucoup et avancent vite. Je pense que les apprentissages fondamentaux  existent et doivent être enseignés – le théâtre classique grec, Shakespeare, le théâtre épique, Brecht, le théâtre russe du début du XXe siècle… Je ne suis pas du tout en accord avec certains collègues qui disent régulièrement qu’un cursus de formation consiste à révéler le génie ou les qualités intrinsèques de chacun. Evidemment il faut avoir un certain potentiel, mais certains apprentissages et exercices ont toute leur efficacité et permettent de gagner du temps. L’élève mesure alors en pleine connaissance les différentes approches possibles de l’art de l’interprète et peu à peu s’autonomise. On apprend aussi par l’usage de ce qu’on ne fera pas. On crée ainsi des acteurs offensifs. Je préconise une école du théâtre concret, inspirée en partie par la formation allemande. Nous formons des praticiens plus que des théoriciens.

« Je suis optimiste sur la transmission des savoirs, mais je suis pessimiste sur les structures et les réformes. »

Comment vos jeunes comédiens s’insèrent-ils dans la profession ?
D. P. :
La question de l’insertion dans le métier et le réseau doit être pensée dès le début des cursus. Le groupe sortant participe ici toute la saison à des productions de la maison. Pendant trois ans, les élèves sortants bénéficient d’un système d’insertion professionnelle financé par la Région Aquitaine qui garantit des salaires, comme le JTN. Il est bénéfique et vraiment nécessaire pour la formation et la créativité que toutes les écoles supérieures, les historiques comme les récentes, aient le même statut. Personne ne doit faire bande à part. Nos élèves sont confrontés au monde professionnel de diverses façons, ils participent par exemple à des stages dans la classe de Thomas Ostermeier à Berlin, et les sortants  jouent à la Schaubühne sous la direction d’un élève sortant de l’école de mise en scène de Berlin. Il est à cet égard urgentissime d’ouvrir une école de mise en scène dans ce pays, sans accompagnement on ne peut éviter certaines erreurs.  Notre ambition est aussi de créer une association des directeurs des écoles européennes, afin de réfléchir à nos troncs communs, de mettre en place un réseau d’échanges et de savoirs. Ce groupe pourrait se faire entendre sur la scène politique. Je suis optimiste sur la transmission des savoirs, mais je suis pessimiste sur les structures et les réformes.

Que pensez-vous des réformes mises en place, initiées par la Convention de Bologne ? 
D. P. :
Nous sommes  dans l’obligation avec le label “supérieur“ d’être dans le cadre du LMD issu de la Convention de Bologne. Et pour valider le Diplôme National Supérieur Professionnel de Comédien, créé en 2008, il est nécessaire de suivre un parcours universitaire en obtenant une licence arts du spectacle. Le ministère de la Culture et celui de l’Enseignement et de la Recherche ne se sont pas vraiment mis d’accord sur la nature de ces licences. Cette licence n’est pas forcément adaptée à nos formations professionnelles et professionnalisantes. Les universitaires devraient s’adapter à nos programmes, plutôt que l’inverse. Nous devons préserver crédits et spécificités professionnelles. Par ailleurs, nous devons rester vigilants vis-à-vis du projet du ministère de la Culture visant à la création de  pôles d’enseignements supérieurs artistiques globaux, qui mélangeraient arts plastiques, musique, danse et théâtre, concerneraient plusieurs villes et mutualiseraient les moyens. Les programmes seraient alors régulés par une sorte d’intendance. C’est un énorme risque, pouvant dévoyer toutes les qualités liées aux particularités de chaque enseignement professionnel. Seuls des établissements de formation aux métiers des arts de la scène sont pertinents. Il faut retrouver de la confiance, discuter  et ne pas se précipiter. Les contenus, essentiels, déterminent la nature et la spécificité des établissements. L’avenir de la formation, c’est l’avenir du théâtre français. 

Propos recueillis par Agnès Santi

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