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Opéra baroque : retour aux sources ou vision contemporaine ‘

Opéra baroque : retour aux sources ou vision contemporaine ‘ - Critique sortie
Légende : Tamerlano de Haendel, donné à l’Opéra de Lille dans une mise en scène de Sandrine Anglade.

Publié le 10 juillet 2008

Opéra baroque : retour aux sources ou vision contemporaine ‘

Les metteurs en scène sont divisés quant à leur approche de l’opéra baroque. Témoignages de Sandrine Anglade et Benjamin Lazar.

C’est devenu la règle. A chaque fois que le metteur en scène salue à la première d’un opéra, il se fait huer. Soit parce qu’il s’est montré trop conservateur, soit parce qu’il a été trop moderniste. Les ouvrages lyriques baroques sont au cœur de ce débat, du fait de l’écart temporel entre leur composition et leur représentation actuelle. Pour la metteur en scène Sandrine Anglade, qui a réalisé récemment Tamerlano de Haendel et Monsieur de Pourceaugnac de Lully, « la mise en scène doit inventer son propre temps ». Chez Sandrine Anglade, pas de transposition dans un contexte historique précis, mais de subtiles résonances contemporaines. « Je suis mal à l’aise avec les messages politiques. Il ne faut pas imposer à l’œuvre un code extérieur. Ce qui m’intéresse, c’est de confronter la construction précise de l’opéra baroque à la fluidité dramaturgique d’aujourd’hui. » C’est ainsi que dans Tamerlano, pour éviter les interminables entrées et sorties des personnages à la fin de chaque air, la coulisse était… apparente. Et dans Monsieur de Pourceaugnac, l’orchestre était présent sur le plateau, de sorte à créer une véritable troupe d’interprètes. Sandrine Anglade insiste : « La scénographie est également un personnage de l’opéra. L’espace est une matrice. » Parmi ses influences, elle cite autant Claude Régy que Christoph Marthaler. Peut-être partage-t-elle avec ces deux metteurs en scène la volonté de percer la poésie intrinsèque des livrets. « Ce qui est fascinant dans le baroque, c’est que derrière le faste, il y a des miracles d’humanité, d’une introspection rare. »
 
Gestuelle extravertie
 
La démarche de Benjamin Lazar est tout autre. Ce jeune metteur en scène, disciple d’Eugène Green, s’est fait connaître par son Bourgeois Gentilhomme de Lully avec Vincent Dumestre. « L’histoire du théâtre n’a pas seulement été littéraire. Il y a aussi une histoire du geste de l’acteur. On a joué de manière très différente selon les époques », explique Benjamin Lazar. Avec un vrai souci de retour aux sources, le metteur en scène recrée le jeu baroque. Dans ses spectacles la rhétorique prend ainsi une place essentielle. Les chanteurs sont dans un rapport de frontalité avec le public et développent une gestuelle extravertie. « A l’époque, quand un acteur parle du ciel, il montre le ciel. Ce n’est pas pour les sourds et muets, c’est véritablement pour rendre lisible l’espace dans le discours. » Il peut paraître étonnant que ces recherches théâtrales arrivent bien après la redécouverte des instruments anciens. Pour autant, Benjamin Lazar ne veut surtout pas entendre parler de « reconstitution ». Ce qui lui importe avant tout, c’est de permettre la rencontre entre les différentes formes artistiques. « A l’époque, les frontières artistiques étaient poreuses, rappelle-t-il. La peinture était définie comme du théâtre muet. » Les approches d’un Benjamin Lazar et d’une Sandrine Anglade reflètent pleinement la diversité du traitement scénique de l’opéra baroque – une diversité controversée mais salutaire.
 
A. Pecqueur

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