La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Le Cirque contemporain en France

Nous sommes des passeurs

Nous sommes des passeurs - Critique sortie
© D. R.

Formation et écoles de cirque / L’Académie Fratellini

Publié le 11 novembre 2014

Pour la directrice pédagogique de l’Académie Fratellini, créée en 2003 pour porter le projet d’un Centre de Formation supérieure aux Arts du cirque, la formation se caractérise par deux écoles supérieures à la pointe, mais des écoles préparatoires encore en manque de reconnaissance et soutien. 

Peut-on parler d’une école française du cirque aujourd’hui, et quelles seraient ses particularités ?

Valérie Fratellini : Oui, pour moi c’est une évidence ! En 1974 Annie Fratellini et Pierre Etaix ont créé la première école de cirque française sur le modèle de l’école de cirque de Moscou, en montrant que tout le monde peut faire du cirque, qu’il n’est pas affaire de transmission familiale. Cela a conduit à ce que sont à l’heure actuelle le CNAC et l’Académie Fratellini, c’est-à-dire des écoles supérieures à la pointe, tout comme l’école de Stockholm, et de Tilburg aux Pays-Bas. Mais le contenu de l’enseignement sur l’écriture, le jeu, la danse, la technique de chaque élève, ce n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est surtout ce que l’on va pouvoir apporter à la personne. Le dilemme se fait dès l’audition d’entrée à l’école : qui a-t-on en face de nous ? A nous d’accompagner le candidat vers un chemin qu’il va pouvoir suivre. Comme nous sommes un Centre de Formation supérieure aux Arts du cirque, les apprentis vont rencontrer pendant les trois ans de formation des personnalités du théâtre, du cirque, de l’écriture… Ces rencontres forgent l’artiste en devenir. Je ne leur dis pas « vous êtes des créateurs, vous êtes des artistes ». Jamais je n’emploie ces mots forts. Nous ne formons pas des artistes. Ces jeunes ont quelque chose en eux avant de rentrer à l’école. Nous essayons d’inculquer des valeurs, comme l’humilité et le courage, de donner des outils pour grandir. Nous sommes des passeurs.

« Nous essayons d’inculquer des valeurs, comme l’humilité et le courage, de donner des outils pour grandir. »

Que dire du diplôme d’Etat de professeur, en préparation, et du Diplôme National Supérieur Professionnel d’artiste de cirque ?

V. F. : En tout premier lieu, et c’est une réponse personnelle, je dirais que c’est une reconnaissance, qui met le cirque au même niveau que le théâtre, la danse, ou la musique. Et cela va apporter aux personnes qui auront eu le DNSP, après leur carrière, ou s’ils ont un accident, la possibilité de continuer leurs études grâce à la licence.

Pensez-vous que les écoles de cirque répondent au marché de l’emploi en termes de débouchés ?

V. F. : Ces formations doivent pouvoir permettre aux apprentis d’irradier le cirque, mais aussi de travailler avec des gens de théâtre, par exemple. Quand les apprentis sortent, ils peuvent faire leur choix. A l’Académie, nous laissons une certaine liberté, l’école n’a pas à dire « le cirque, c’est ça » ; il n’y a pas de formatage. Nous leur donnons une boîte à outils. Comme nous sommes un CFA, 40% de leur temps sont des temps professionnels, en alternance. En revanche, je dirais que la filière n’est pas dans le bon ordre : nous avons deux écoles supérieures magnifiques et uniques au monde, mais il faudrait, pour monter les marches petit à petit, faire un effort sur les écoles préparatoires : il existe à la fois un manque de reconnaissance et de soutien pour enseigner les disciplines phares, pour que les écoles supérieures n’aient plus qu’à impulser l’élan et mettre les jeunes sur orbite.

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

 

Académie Fratellini, 1-9 rue des Cheminots, 93210 Saint-Denis La Plaine. Tél : 01 49 46 00 00. www.academi-fratellini.com

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