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L’impact du mécénat dans la musique classique

L’impact du mécénat dans la musique classique - Critique sortie

Publié le 2 octobre 2009

Titulaire d’un doctorat en économie à l’Université de Paris-Dauphine, Olivier Tcherniak occupe depuis 2008 les fonctions de président de l’ADMICAL (Association pour le Développement du Mécénat Industriel et Commercial). Il est aussi depuis 2004 le secrétaire général de la Fondation Orange.

« La crise économique n’a globalement pas affecté le mécénat, mais on remarque toutefois que les entreprises vont maintenant davantage vers le mécénat de solidarité que vers le mécénat culturel. »
 
Quelles opportunités offre aujourd’hui le mécénat pour les structures de musique classique ?
 
Olivier Tcherniak : On ne peut pas imaginer aujourd’hui la vie culturelle sans le mécénat. C’est un poids économique essentiel : le mécénat culturel représente 500 millions d’euros, soit un tiers du budget du Ministère de la culture. A l’heure où il y a une réduction des budgets publics, les institutions font de plus en plus appel au mécénat. La crise économique n’a pas globalement affecté le mécénat, mais on remarque toutefois que les entreprises vont maintenant davantage vers le mécénat de solidarité que vers le mécénat culturel. Les deux peuvent être liés, comme dans le soutien à des concerts donnés dans les quartiers difficiles. Mais à mon sens, il ne faut pas oublier que la culture est par essence la manifestation la plus aboutie de la solidarité. C’est ce qui permet de partager un bien commun, comme le disait Hannah Arendt. D’ailleurs, malgré la crise, le public ne fait pas défaut et va aux spectacles. Parmi les autres conséquences de la crise sur le mécénat culturel, il y a un transfert des aides de la création vers la diffusion, plus facile à justifier pour une entreprise. On remarque également que les mécènes ont tendance, dans ce contexte, à soutenir davantage les grandes institutions, qui créent le plus d’audience. Les sommes dépensées par les entreprises pour le mécénat restent cependant faibles par rapport aux montants alloués, par exemple, à la communication. Faire des économies sur le mécénat ne change pas l’avenir de l’entreprise.
 
Du point de vue du mécénat, quelle est la particularité de la musique classique par rapport aux autres formes artistiques ?
 
O.T. : C’est le domaine le plus riche pour une activité de mécénat culturel. Sans barrière de langue, ni de culture, la musique véhicule des valeurs universelles. Le théâtre, par exemple, est beaucoup plus difficile pour le mécène. Le texte du dramaturge peut être porteur d’un sens qui ne correspond pas aux valeurs de l’entreprise. Il y a en outre dans la musique une notion très forte de partage. L’activité du peintre reste solitaire, à l’opposé de celle du musicien qui joue en concert. Il est important de soutenir la musique classique, peut-être plus que des musiques actuelles et  commercialement viables. Le but du mécénat est de rééquilibrer le marché.
 
Comment le mécénat privé se situe-il par rapport à l’action des pouvoirs publics ?
 
O.T. : Il y a longtemps eu une incompréhension des pouvoirs publics envers le mécénat. Les entreprises étaient appelées en « roue de secours » pour aider des projets en dépassement budgétaire. Ce que nous voulons maintenant, c’est travailler en amont sur les projets que nous soutenons. Avec l’arrivée de Frédéric Mitterrand au Ministère de la culture, qui connaît bien les rouages du financement de la culture, on peut sans doute changer les choses et participer ainsi à une vraie politique culturelle.
 
Quelles sont les retombées des actions de mécénat pour les entreprises ?
 
O.T. : Le retour sur investissement est de plusieurs types. Tout d’abord, cela peut être un simple retour d’image, une forme de relations publiques. C’est le niveau basique, qui à mon sens n’est pas le plus intéressant. A côté de ces retombées externes, il y a les retombées internes, bien plus profondes. Le mécénat peut en effet apporter une dimension culturelle à une entreprise, qui partage ainsi des valeurs communes avec l’ensemble de ses collaborateurs. Ces derniers ressentent alors une fierté d’appartenance à l’entreprise. Cela exige que cette dernière soit consultée en amont sur les projets qu’elle va soutenir. Je remarque que les entreprises qui ont arrêté leurs activités de mécénat suite à la crise sont celles qui avaient joué uniquement la carte des retombées externes (ndlr : c’est le cas de la banque d’affaires Natixis, qui était notamment un mécène important de l’Orchestre de Paris).
 
Le cadre juridique offert par la loi de 2003 est-il toujours adapté ?
 
O.T. : C’est l’une des meilleures lois qui soient pour le mécénat. Il suffit d’en voir les résultats : après sa promulgation en 2003, les activités de mécénat ont été en croissance exponentielle. Mais il y aujourd’hui plusieurs problèmes qui se posent. Tout d’abord, cette loi a été rédigée pour les grandes entreprises et n’est pas adaptée aux P.M.E. En effet, elle fixe le plafond de défiscalisation à 0,5 % du chiffre d’affaires, ce qui, pour les grandes entreprises du CAC 40, laisse des marges qu’elles n’atteindront jamais, mais qui, pour les petites entreprises, est insuffisant. Il faudrait un forfait de 10 000 euros, au-delà duquel on reviendrait ensuite à la règle du 0,5 %. Aujourd’hui, le mécénat des P.M.E. est essentiel car il développe le mécénat de proximité, les entreprises aidant les associations situées dans leur environnement. Par ailleurs, un autre problème est que cette loi ne concerne pas l’international et ne peut donc s’appliquer pour des projets avec des associations étrangères. Mais cela est plus complexe à résoudre, car il faudrait trouver un système de compensation suivant les pays.
 
Outre le mécénat financier, quels sont les autres types de mécénat ?
 
O.T. : Il y a le mécénat en nature, qui consiste par exemple en la mise à disposition par une entreprise d’une salle de répétition pour un ensemble de musique. Ce qui peut s’avérer salutaire lorsqu’on connaît la pénurie de salles à Paris ! Mais surtout, on assiste aujourd’hui à un développement considérable du mécénat de compétences. L’entreprise met ainsi à disposition d’une association ses propres compétences. On retrouve ainsi dans des structures culturelles des administratifs, des comptables ou des informaticiens qui sont payés par leurs entreprises respectives. Ces mises à disposition se font généralement sur des périodes longues, souvent deux années. Elles permettent parfois à des entreprises de faire face à des chutes saisonnières d’activité en évitant de mettre le personnel au chômage technique.
 
Vous êtes aussi à la tête de la Fondation Orange. Quelle est sa spécificité en matière de musique classique ?
 
O.T. : Cela fait 22 ans que la Fondation soutient la musique vocale. Nous avons aidé plus d’une centaine d’ensembles, de la Chapelle royale à Accentus en passant par Il Seminario musicale ou Le Cercle de l’harmonie. La musique vocale est l’expression la plus pure du partage et de la communication, qui sont par définition les valeurs de l’entreprise Orange. Le budget de la fondation en France atteint plus de 5 millions d’euros, dont 1,7 millions pour la musique classique.
 

Propos recueillis par Antoine Pecqueur

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