La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

La musique Baroque en France

Les clavecinistes et leurs clavecins

Les clavecinistes et leurs clavecins - Critique sortie
Légende : Clavecin à deux claviers d’Anthony Sidey. Mention : Michel Chassat/Abbaye aux Dames

Publié le 10 juillet 2008

Les clavecinistes et leurs clavecins

Sur quels instruments jouent les clavecinistes actuels ‘ Quel regard portent-ils sur l’art des facteurs d’hier et d’aujourd’hui ‘

En chaque interprète sommeille un collectionneur : le goût des sonorités, la nécessité d’épouser différents styles conduisent les clavecinistes à multiplier leurs instruments. Pierre Hantaï revendique ainsi « toute une série d’instruments achetés au fil du temps pour une raison ou pour une autre ». En plus de deux clavecins anciens, en cours de restauration, Christophe Rousset possède deux copies d’ancien : un grand français à deux claviers (Goermans, 1765) et un Thibault de Toulouse, xviie français à deux claviers, tous deux réalisés par David Ley, « des instruments faits avec un soin très particulier, avec des bois bien secs et assez anciens qui donnent une qualité de son comparable à des clavecins anciens ». Professeur au CNSM de Paris, Olivier Baumont a chez lui un clavecin français fait par Reinhard von Nagel, un clavicorde allemand par Anthony Sidey et un petit pianoforte anglais de 1795. Bertrand Cuiller privilégie lui aussi la variété avec « un clavecin Italien fait en 2002 par Philippe Humeau, qui n’est pas une copie mais plutôt une invention d’après la facture italienne », ainsi qu’un français xviiie, copie de Hemsch par Patrick Chevalier, décoré par Jean Hondré. Il possède également un virginal double et une épinette vénitienne de David Boinnard. Le nom de Philippe Humeau revient chez Élisabeth Joyé, qui joue également une copie xviie d’Alain Anselme. Mais, comme le souligne Céline Frisch, qui a chez elle depuis plus de quinze ans une copie du Hemsch de 1754 réalisée en 1983 par l’atelier de Claude Mercier-Ythier et la firme allemande Neupert, « la question se pose en fait différemment pour un claveciniste que pour un violoniste car il n’a que rarement la possibilité de jouer son propre clavecin en concert ».
 « Le travail des facteurs est le même que le nôtre » Pierre Hantaï
 
Découvertes et déceptions
 
Quand ils le peuvent, les clavecinistes cherchent donc pour leurs concerts et enregistrements l’instrument idéal. Élisabeth Joyé apprécie de rencontrer ceux de Philippe Humeau – « des clavecins qui parlent beaucoup » sur lesquels elle aime jouer Couperin – mais c’est sur celui du Château d’Assas, tant apprécié par Scott Ross, qu’elle a choisi d’enregistrer les œuvres de Duphly. « J’aime jouer des instruments nouveaux de facteurs que je ne connais pas » précise Olivier Baumont, qui ajoute : « Pour mes enregistrements, j’ai essentiellement joué des instruments anciens en adéquation maximale avec le répertoire choisi. J’aime particulièrement ce contact avec l’ « objet » ancien, pour être constamment à l’écoute de ce qu’il peut nous enseigner, nous dire ou nous raconter ».  Les déceptions surviennent parfois cependant. Céline Frisch en témoigne : « j’ai parfois été surprise par des instruments très médiocres tant sur le plan mécanique que sonore, y compris dans des festivals spécialisés. Dans ces cas-là, il faut vraiment réussir à faire passer la musique au-delà d’un son qui manque totalement de richesse et de subtilité ». Pierre Hantaï nuance cependant : « Il m’est arrivé de faire un très bon concert sur un instrument mal fait et vice versa.» « Les relations avec certains facteurs de clavecins font partie de ma vie de claveciniste », déclare d’emblée Bertrand Cuiller, rejoint par Céline Frisch : « J’ai des liens professionnels et amicaux avec quelques facteurs dont le travail dépasse l’artisanat de qualité pour devenir une véritable réalisation artistique ». Pour Pierre Hantaï, « le travail des facteurs est le même que le nôtre : se mettre dans la peau des anciens. Ils doivent d’abord penser à la musique ». Mais peu, selon lui, « cherchent à comprendre ce qui peut être dérangeant dans les sonorités anciennes quand la plupart essaient de faire des clavecins qui marchent, plaisants et brillants ». Élisabeth Joyé regrette de même l’omniprésence des copies de clavecins français xviiie, « instruments à tout faire des facteurs en manque d’imagination », proche en cela d’Olivier Baumont qui souhaiterait « un travail sur des factures peu représentées dans les concerts et les enregistrements : les factures anglaise, espagnole, portugaise… ». Enfin, pour Céline Frisch, « regrouper les connaissances accumulées sur la facture et offrir un catalogue actualisé des instruments historiques serait utile. Internet pourrait être un très bon moyen. Avis aux amateurs ! »

J.-G. Lebrun

A propos de l'événement



A lire aussi sur La Terrasse

x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le spectacle vivant

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le spectacle vivant