La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

La saison classique en France

L’ensemble Les Passions

L’ensemble Les Passions - Critique sortie
Crédit photo J.J. Ader

Publié le 2 octobre 2009

A la tête des Passions, orchestre baroque montalbanais, Jean-Marc Andrieu poursuit l’exploration des œuvres de Jean Gilles. Après avoir porté le requiem à la scène et au disque, Jean-Marc Andrieu présentait à Toulouse les Lamentations et le grand motet Diligam te, Domine.

C’est dans la cathédrale même où le compositeur vivait et composait, que les Passions ont présenté sur scène le deuxième volet de leur triptyque consacré à Jean Gilles. Le froid était au rendez-vous en cette soirée automnale, ajoutant un voile d’austérité à ce curieux bâtiment qu’est la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse. Edifice étonnement composite, de la façade de pierres et de briques aux deux nefs bizarrement agencées, jusqu’au mobilier.
Le travail que Jean-Marc Andrieu a effectué pour se rapprocher de l’esprit d’origine – croisant les différentes copies, épluchant les archives toulousaines – ne pouvait donc trouver  meilleure place pour sa première présentation. Le début du concert était consacré au motet. Le temps de s’habituer petit à petit à l’acoustique particulière du lieu, et on entendait un ensemble vif et précis. Les passages de solistes répondent aux chœurs dans des rapports dynamiques, francs et maîtrisés,  les violons et les flûtes sont comme une extension des voix solistes. La surprenante variété des timbres de l’écriture de Gilles, mêlée à la limpidité des mélodies, les contrastes rythmiques et dramatiques, nous montrent pourquoi cette œuvre fût couronnée de succès dès sa création.
Suivaient ensuite les Lamentations : quinze « leçons de ténèbres » que l’on chantait lors des matines au 16e siècle. En France, ces Lamentations s’affranchirent peu à peu de leur fonction liturgique pour devenir des concerts mondains au 17e siècle. La version de Jean Gilles se situe à la croisée de cette évolution. Ainsi, Gilles met en valeur le caractère liturgique du texte et dans le même temps, il déploie une grande liberté de style et beaucoup de trouvailles instrumentales. Utilisant là encore une palette étonnante de couleurs instrumentales, un figuralisme poignant et contrasté, Gilles plonge l’auditeur dans une œuvre intense.
L’orchestre de Jean Marc Andrieu, associé à l’excellent chœur de chambre Les Eléments,  nous guide parfaitement dans cette aventure musicale, sachant mettre en relief la dramaturgie et la profondeur du texte ainsi que le piquant et la richesse de l’écriture instrumentale. Le lendemain de ce beau concert, Les Passions enregistraient ces deux œuvres pour un disque à paraître sur le label Ligia Digital (distribution Harmonia Mundi). Une production qui fera sans doute référence dans la discographie consacrée à Jean Gilles.

Sébastien Llinares

Diligam te, Domine  et Lamentations pour la Semaine Sainte de Jean Gilles. Anne Magouët, Vincent Lièvre-Picard, Bruno Boterf, Alain Buet, Chœur de chambre Les Eléments (direction Joël Suhubiette), Orchestre Les Passions, direction Jean-Marc Andrieu

A propos de l'événement


x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le spectacle vivant

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le spectacle vivant