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Les holdings lyriques : quels gains artistiques et économiques ?

Les holdings lyriques : quels gains artistiques et économiques ? - Critique sortie
Photo : Le Théâtre Graslin de Nantes au cœur de la fusion Angers-Nantes Opéra

Publié le 2 octobre 2009

Opéra du Rhin, Angers-Nantes Opéra : comment les regroupements d’opéras fonctionnent-ils ? Enquête sur ces fusions plus que jamais d’actualité.

L’opéra est une industrie comme les autres. De même que dans les transports ou dans l’agro-alimentaire, on observe une tendance à la fusion des structures. L’un des pionniers en la matière a été le Deutsche Oper am Rhein, en Allemagne, qui réunit sous une même bannière les opéras de Düsseldorf et de Duisbourg depuis plus de 50 ans. En France, c’est également le long du Rhin qu’est né le premier regroupement lyrique. Son directeur financier, Lucien Collinet, nous rappelle les origines de l’Opéra du Rhin : « Nous sommes en 1972 : le théâtre de Colmar est fermé, celui de Mulhouse en situation financière délicate, seul celui de Strasbourg fonctionne. Marcel Landowski, directeur de la musique de Malraux, propose alors une fédération entre les trois villes et crée un opéra régional. » L’Opéra du Rhin est ainsi géré par un syndicat intercommunal, qui regroupe des élus des trois villes. Le budget de 21,3 millions d’euros est d’ailleurs pris en charge par les différentes municipalités (46 %), sans oublier une aide importante de la part de l’Etat (24 %), qui soutient activement ce type de regroupement. Le nouveau directeur général de l’Opéra du Rhin, Marc Clémeur, connaît bien ce fonctionnement, puisqu’il fut à la tête de l’Opéra des Flandres qui réunit les théâtres de Gand et d’Anvers. Quelles sont les conditions nécessaires à ce genre d’alliance ? « Il faut tout d’abord que les différentes villes disposent de salles de taille relativement semblable, pour pouvoir accueillir les mêmes spectacles. On ne peut pas, par exemple, imaginer une collaboration entre l’Opéra Bastille et celui de Metz », explique Marc Clémeur. Autre impératif : les opéras ne doivent pas être trop éloignés géographiquement. Par exemple, dans le cadre de l’Opéra du Rhin, les musiciens d’orchestre ou les choristes font très souvent le déplacement entre Strasbourg et Mulhouse, un peu plus d’une centaine de kilomètres. C’est la limite, car au-delà il faudrait payer des hébergements aux musiciens, et cela impliquerait des surcoûts exorbitants. Artistiquement, les avis sont quasi unanimes : grâce aux fusions, les spectacles sont de plus haut niveau. Jean-Paul Dubois, directeur d’Angers-Nantes Opéra, nous rappelle qu’« avant la fusion, l’opéra d’Angers était considéré, avec celui de Dijon et celui de Limoges, comme l’un des trois plus mauvais opéras de France ». Créé en 2002, le syndicat mixte d’Angers-Nantes Opéra fonctionne quant à lui avec un budget annuel d’environ dix millions d’euros.
 
Inquiétudes dans le milieu artistique
 
Dans le cadre de ces fusions, les services des opéras sont répartis sur les différentes villes. Par exemple, à l’Opéra du Rhin, les ateliers de décors et de costumes sont à Strasbourg, l’Opéra Studio, formation pour jeunes chanteurs, (voir notre reportage dans ce numéro) à Colmar, et le ballet, à Mulhouse. Entre Nantes et Angers, on s’est également réparti les tâches. Dans la première, on retrouve l’administration, tandis que dans la seconde sont présents les services de communication et d’action pédagogique. Pour autant, ces fusions ont parfois du mal à passer dans l’opinion. « Le problème, c’est que la ville la plus petite se sent toujours un peu délaissée. C’était le cas à Gand, par exemple, dans le cadre de l’Opéra des Flandres. Mais cela s’estompe avec les années, surtout lorsque le public voit la hausse du niveau des productions », affirme Marc Clémeur. Autre reproche : si le niveau artistique augmente, le nombre de productions diminue (pour Angers-Nantes Opéra, douze avant la fusion, six maintenant). D’où une inquiétude dans le milieu artistique, où les bons chanteurs sont paradoxalement de plus en plus nombreux et les productions de plus en plus rares. Toute fusion entraîne également des modifications sociales. « Avant la fusion, l’Opéra de Nantes comptait 115 personnes. Ils sont maintenant 105 à travailler. Des employés ont préféré rester travailler à la ville de Nantes plutôt que de rejoindre le syndicat mixte, structure qui permet à des collectivités de travailler ensemble », note Jean-Paul Davois. Mais reste une question essentielle : quel est le gain économique de ces fusions ? « Cette solution est la seule qui permette de maintenir une maison d’opéra sans que cela coûte plus cher », affirme le directeur d’Angers-Nantes Opéra. Un argument d’actualité, à l’heure de la baisse des subventions publiques. Ces holdings permettraient donc de garder en activité des opéras qui risqueraient sinon de fermer. C’est en tout cas l’hypothèse de ce scénario qui a conduit les villes ennemies que sont Metz et Nancy à réfléchir à un avenir commun pour leurs maisons d’opéra. Autre chantier en discussion : un rapprochement des théâtres lyriques de Provence (Marseille, Avignon, Toulon). En attendant peut-être, si la législation européenne le permet, des fusions transfrontalières.
 
Antoine Pecqueur

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