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Grand angle / Les ensembles de musique médiévale et Renaissance aujourd’hui

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Les ensembles de musique médiévale et Renaissance aujourd’hui - Critique sortie
Photo : Fabrice Maître L’ensemble Doulce Mémoire de Denis Raisin-Dadre.

Publié le 10 juillet 2008

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Les ensembles de musique médiévale et Renaissance aujourd’hui

Moins médiatisée que la vague baroque, l’interprétation des musiques de temps plus anciens et la recherche qui l’accompagne constituent des champs d’investigation passionnants, impliquant ouverture et aventure, bousculant les frontières artistiques.

Alors que le répertoire baroque connaît un succès grandissant, suscitant l’éclosion d’ensembles toujours plus nombreux et médiatisés, l’interprétation des musiques de temps plus anciens demeure un monde plus discret. Certes, des maisons de disque aventureuses  se sont attelées depuis plusieurs années à diffuser ces répertoires, rencontrant à l’occasion un important succès, tant public que critique (comme l’enregistrement « Compostelle, le chant de l’étoile » de l’ensemble Discantus aux éditions Jade en 2003). Cependant, ces succès sont sans commune mesure avec l’engouement que suscitent aujourd’hui Monteverdi ou Rameau.
Sans doute cela tient-il au répertoire lui-même, aux difficiles conditions de son approche. Notations de musiques portées souvent par des traditions orales, les « partitions » du Moyen Âge, entre Ars antiqua et Ars nova, ont pendant longtemps nécessité un travail de transcription préalable à l’interprétation. La recherche aujourd’hui, telle que la mène par exemple l’ensemble De Caelis, constitué en 1997 autour de la chanteuse Laurence Brisset, vise à développer l’interprétation raisonnée des manuscrits d’époque. Autre ensemble vocal féminin, Kantika, fondé en 1998 par la musicologue et chanteuse Kristin Hoefener, revient aussi aux sources en interprétant tous ses programmes sur fac-simile des manuscrits originaux. Cet ensemble en résidence à Chevilly-Larue (Val de Marne) se place résolument dans une optique comparatiste en interprétant certains chants sous leurs diverses notations, en neumes (formules mélodiques appliquées à une syllabe) pour les plus anciennes, ou sur portées.

Un autre moyen âge
À l’image des historiens qui, il y a une trentaine d’années, militaient pour « un autre moyen-âge », les ensembles actuels tentent patiemment de délier le répertoire musical médiéval de son imagerie religieuse et austère associée au chant dit grégorien. Le répertoire profane des chansons médiévales s’est ainsi trouvé une place grandissante dans la programmation des ensembles. Cela n’est possible qu’en allant ausculter le cœur des mots (passant notamment par une minutieuse attention portée à la diction), comme le font par exemple les superbes ensembles dirigés par Brigitte Lesne, Discantus et Alla francesca, explorant les mises en musique du Roman de la Rose (Opus 111, 2001). Récemment, l’ensemble Diabolus in Musica d’Antoine Guerber, plutôt versé depuis sa fondation en 1992 dans le répertoire des trouvères et troubadours des xiie et xiiie siècles, s’est lui aussi porté vers l’art profane du xve siècle avec un disque consacré à Guillaume Dufay (Alpha, 2007) – preuve s’il en était besoin que les époques ne sauraient être si précisément délimitées. L’Ensemble Gilles Binchois fondé en 1979 de Dominique Vellard, figure incontournable de l’interprétation et de l’enseignement des musiques anciennes, est tout autant voué à la musique médiévale qu’à celle de la Renaissance, dont les thèmes ont souvent des échos. L’Ensemble Clément Janequin de Dominique Visse, créé en 1978, ou, plus récemment l’ensemble A Sei Voci du regretté Bernard Fabre-Garrus, se sont fréquemment déplacés avec bonheur de la Renaissance au baroque. Aujourd’hui, un ensemble comme Syntagma (créé à Metz par Alexandre Danilevski en 1995) passe allègrement de rondeaux du xiie siècle au baroque russe. Cela n’empêche pas les interprètes d’avoir leurs affinités particulières. Ainsi Denis Raisin-Dadre, flûtiste de formation et fondateur de l’ensemble Doulce Mémoire, justifie-t-il son attachement à une période riche en novations : « De 1480 à 1580, il s’écoule à peu près autant de temps qu’entre Schubert et Stravinski ».

Échapper aux catégories et pratiquer l’ouverture
De nombreux ensembles, notamment les plus jeunes, revendiquent une ouverture vers d’autres formes artistiques, en particulier théâtrales. C’est le cas de l’ensemble Dialogos, fondé en 1997 par la chanteuse et musicologue Katarina Livljani, qui affirme, dans les projets de cet ensemble exclusivement féminin, sa volonté de « communiquer avec la sensibilité contemporaine et remettre en question les idées reçues sur la musique médiévale dans notre société ». Outre  Mesure, fondé en 1999, qui prolonge cette démarche dans le répertoire Renaissance, est ainsi devenu le « spécialiste » des bals Renaissance. Précurseur – il a fondé l’ensemble Organum en 1982 – Marcel Pérès refuse cependant de qualifier sa formation d’ensemble de musique médiévale : « On continue, faute de mots, à nous qualifier comme un ensemble de musique médiévale. L’ensemble Organum s’est depuis longtemps échappé de ces catégories obsolètes – Moyen Âge, Renaissance, Baroque – en réalisant des programmes et des disques qui parcourent allègrement les siècles, sollicitant au passage le concours de traditions orales bien vivantes et contemporaines ». Faut-il s’étonner alors de voir tant d’ensembles de musiques anciennes se porter vers le champ de la musique contemporaine ‘ On se souvient, par exemple, des belles conjonctions accomplies ces dernières années par A Sei Voci en compagnie de l’ensemble TM+ de Laurent Cuniot. La volonté de rencontrer l’inouï, qu’elle prenne le chemin de la nouveauté réfléchie ou celui de la redécouverte lentement mûrie, est l’un des fondements de l’art musical.
J.-G. Lebrun

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