La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

La saison classique en France

A Little Night Music

A Little Night Music - Critique sortie
Lambert Wilson et Greta Scacchi dans A Little Night Music au Théâtre du Châtelet. Crédit : Marie-Noëlle Robert

Publié le 2 octobre 2009

Avec cette œuvre méconnue de Stephen Sondheim, le Châtelet signe une nouvelle réussite dans le domaine du musical.

Depuis son arrivée à la tête du Théâtre du Châtelet en 2006, Jean-Luc Choplin s’est attaché à remettre à l’honneur la comédie musicale selon ses différentes déclinaisons. Avec deux nouvelles productions d’ouvrages importants créés à Broadway au cours du dernier demi-siècle – The Sound of Music puis A Little Night Music –, cette quatrième saison donne une idée de la cohérence du projet
Certes, Paris n’est pas devenu Broadway (mais même Broadway, dit-on, n’est plus Broadway).

Après la fantaisie de The Sound of Music (La Mélodie du bonheur), portée à la perfection par la mise en scène d’Emilio Sagi en décembre, A Little Night Music était un choix plus risqué pour le théâtre. Stephen Sondheim n’a pas la notoriété – de ce côté-ci de l’Atlantique du moins – de Rodgers et Hammerstein (qui fut son mentor) ou de Leonard Bernstein (dont il fut le parolier pour West Side Story. Et ce musical, inspiré par un film d’Ingmar Bergman, Sourires d’une nuit d’été, sous ses dehors de marivaudage très classique et de chassé-croisé amoureux, ne cache pas certaines préoccupations plus profondes : l’œuvre est tout aussi bien une réflexion sur la jeunesse perdue et sur le sens de la vie, au-delà des succès d’amour propre.

La mise en scène de Lee Blakeley souligne avec intelligence le mouvement général de l’œuvre, qui peut s’apparenter à une grande valse où tournoient et se perdent les protagonistes. A Little Night Music a les atours d’un vaudeville : on y passe donc du salon à la chambre, du salon au théâtre et aux appartements de l’actrice. Un subtil jeu de rideaux fait glisser la scène d’un lieu à l’autre, espaces où se déploie l’action théâtrale, parfois simultanément, et permet de maintenir à l’œuvre un déroulement contnu. De même, sous la direction de Jonathan Stockhammer, l’Orchestre philharmonique de Radio France privilégie la fluidité, prêtant de belles couleurs à la musique de Stephen Sondheim, au risque parfois d’un certain manque d’énergie.

Mais le succès de cette production tient avant tout à la distribution. Lambert Wilson fait montre d’un abattage impressionnant dans le rôle de l’avocat Fredrik Egerman, particulièrement convaincant quand il donne la réplique (duo du premier acte avec sa jeune épouse Anne qui babille alors qu’il cherche un exutoire à sa frustration sexuelle, celui du second acte avec Comte Carl-Magnus Malcolm, son rival auprès de l’actrice Désirée Armfeldt). Dans l’ensemble, les interprètes passent tous avec aisance des scènes parlées aux numéros chantés et rendent justice à la verve de Stephen Sondheim. C’est le cas de Greta Scacchi, très émouvante dans son air Send in the Clowns au deuxième acte, même si – et peut-être précisément parce que – son chant n’est qu’imparfaitement juste. Dans les rôles secondaires, Nicholas Garrett en Comte Malcolm sûr de son charme et Deanne Meek, impeccable Comtesse pince-sans-rire sont impayables et Francesca Jackson (Petra) s’est attirée des applaudissements nourris pour son interprétation très énergique de la chanson The Miller’s Son, dans un esprit « Broadway » un peu stéréotypé. Quant à Leslie Caron, vieille Leonora Armfeldt campée on ne sait trop où entre sagesse et immoralité, elle traduit à merveille les ambiguïtés de l’œuvre, entre conversations nostalgiques et désuètes (son délicieux air Liaisons) et la féerie qui envahit la scène au jardin au deuxième acte.

Jean-Guillaume Lebrun

Paris, Théâtre du Châtelet, le 16 février. Représentations jusqu’au 20 février (tél. 01 40 28 28 40).

A propos de l'événement


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