La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

La saison classique en France

L’école du chant

Pourquoi les chefs français dirigent-ils si peu « à la maison » ? État des lieux, témoignages et explications.

Publié le 2 octobre 2009

Reportage à l’Opéra-Studio de Colmar, où sont formées les grandes voix de demain.

La fabrication des cigarettes et des cigares a laissé la place aux vocalises des chanteurs. Depuis 1998, la Manufacture de Colmar abrite, parmi différentes institutions culturelles, l’Opéra-Studio (anciennement Jeunes Voix du Rhin), un centre de perfectionnement pour jeunes chanteurs placé sous l’égide de l’Opéra du Rhin. En ce début septembre, en pleine canicule alsacienne, les huit chanteurs et les deux pianistes chefs de chant sont sur tous les fronts. Certains sont en répétition pour les productions de l’Opéra du Rhin, dans lesquelles ils interprètent des seconds rôles ; d’autres préparent des auditions et des concours… Mais tous se retrouvent à la Manufacture pour assister aux cours qu’y donnent pendant deux jours Françoise Pollet, professeur au Conservatoire Supérieur de Lyon. « Vous avez une voix superbe, mais vous respirez de manière trop urgente », lance la cantatrice à un élève italien, qui répète le célèbre air « Una furtiva lagrima » extrait de L’Elixir d’amour de Donizetti. Quelques instants plus tard, elle n’hésite pas à le faire chanter couché par terre, car « tous les moyens sont bons pour faire lâcher la pression ». « Mamma mia… », soupire le jeune ténor. Les étudiants de l’Opéra-Studio, originaires du monde entier, suivent un cursus de deux ans. « En première année, on leur offre un complément à la formation qu’ils ont reçue dans un conservatoire supérieur. Ils étudient alors différents répertoires et se perfectionnent dans la pratique des langues. En deuxième année, ils participent par contre activement aux spectacles de l’Opéra du Rhin. Notre but est d’assurer la transition entre leurs études et la vie professionnelle », nous explique Vincent Monteil, directeur artistique de l’Opéra-Studio. Comme à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, les chanteurs sont rémunérés pendant leurs études, à raison d’environ 1400 euros par mois. La sélection est particulièrement drastique : sur environ deux cents dossiers envoyés, seuls huit candidats sont retenus tous les deux ans.
 
Ambiance conviviale
 
On est loin du fonctionnement scolaire des conservatoires. En dépit de l’inévitable concurrence entre les chanteurs, l’ambiance y est particulièrement conviviale. A l’heure du déjeuner, professeurs, élèves et administratifs se retrouvent ainsi à la même table de la cantine. Au menu aujourd’hui : les restes de la fête de la veille, organisée pour les soixante ans de Françoise Pollet ! « Au CNSM, on est beaucoup dans la théorie. Ici, on est déjà dans la vie active. Ce qui est génial, c’est de se retrouver sur scène avec des grands chanteurs qui ont une vraie expérience à nous transmettre », nous dit un jeune baryton, tandis qu’un pianiste chef de chant, italien, apprécie de « pouvoir bien découvrir les répertoires français et allemand du fait de la situation géographique de Colmar ». Outres les productions traditionnelles, les chanteurs sont amenés à se produire face à des publics dits « empêchés », notamment en prison ou dans les hôpitaux. « Quand on chante face à des enfants de deux ans atteints de leucémie, on apprend à maîtriser ses émotions », confie l’une des sopranos de la promotion, pour qui il est essentiel de « transmettre la joie de chanter ». Avec un budget d’un million d’euros, l’Opéra-Studio offre des conditions de travail exemplaires. Par exemple, tous les cours sont filmés, pour permettre aux étudiants d’observer ensuite leurs éventuels problèmes de posture. Françoise Pollet salue ce véritable travail de troupe : « Dans les conservatoires français, il y a une lacune d’expérience. D’où l’intérêt d’une structure telle que celle de l’Opéra-Studio. J’ai eu la chance de faire trois ans de troupe dans un opéra en Allemagne, ça m’a donné une sécurité pour la vie. » Entre deux cours, François Pollet nous confie également que « depuis cinq ans qu’elle donne des master-classes à l’Opéra-Studio, il y a eu de grand progrès. Au début, c’était un peu le club des singes-hurleurs. Chaque élève voulait chanter le plus fort ! Aujourd’hui, ce sont de vraies personnalités à qui j’enseigne. » Après leur cursus à l’Opéra-Studio, l’insertion pour les jeunes chanteurs sur le marché du travail reste cependant difficile en raison de l’état du marché actuel. « Il y a de plus en plus de chanteurs bien formés et de moins en moins de productions », affirme Vincent Monteil. Mais de belles réussites sont au rendez-vous, comme l’attribution en juin dernier du Premier prix du Concours de chant Barbara Hendricks de Strasbourg à un membre de l’Opéra-Studio, le chinois Xin Wang.
 

Antoine Pecqueur

A propos de l'événement


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