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HENRI TEXIER : Peace and Live Music

HENRI TEXIER : Peace and Live Music - Critique sortie Jazz / Musiques Paris Théâtre du Châtelet
Autour d'Henri Texier, Sebastien Texier (sax alto sax, clarinettes), Francois Corneloup, (sax baryton) et Louis Moutin (batterie). © Guy Le Querrec - Magnum Photos

HOMMAGE / NOUVEL ALBUM / CHATELET

Humaniste et utopiste, Henri Texier s’empare du Théâtre du Châtelet, pour réunir dans un « Equanimity Meeting », l’orchestre avec lequel il s’exprime depuis dix ans, le magnifique Nord-Sud Quintet, et son prochain groupe avec lequel il signe son nouvel album (chez Label Bleu) : le Hope Quartet. Deux invités de marque – le guitariste John Scofield et le saxophoniste Joe Lovano, complètent le casting d’un plateau « à géométrie variable » de neuf musiciens décidés à faire parler le désir et l’énergie, comme toute forme d’hommage au grand leader. « On va finir à 9 avec les deux batteries et les deux guitares… Et ça peut barder ! » promet Texier, pas impressionné, dans un grand éclat de rire.

Vous avez baptisé votre nouveau groupe « Hope Quartet ». Est-ce parce que vous manquez d’espoir ?
Henri Texier : C’est parce que j’en souhaite ! A moi-même, à ceux que j’aime, à tout le monde. On sort d’une période en France où tout était fermé… Depuis l’élection de François Hollande maintenant, au moins, il peut y avoir de l’espoir…

Dans ce nouvel album, mais aussi de manière plus générale, vous travaillez souvent avec des musiciens plus jeunes que vous… Est-ce plus difficile pour eux aujourd’hui que les musiciens de votre génération ?
H. T. : C’est manifestement plus difficile aujourd’hui. La musique de jazz souffre. Les musiciens de jazz sont dans la survie. C’est le moment où jamais de penser à l’espoir parce que c’est difficile, du point de vue du soutien de l’état, parce qu’il y a un plus grand nombre de bons musiciens, parce que le monde du disque est dans un état de catastrophe absolue.

On a le sentiment que ce nouveau groupe relève d’une expérience qui vous a surpris, qui vous a happé…
H. T. : Exactement. Je ne m’y attendais pas du tout. C’est un peu un cadeau de mon fils (le saxophoniste Sébastien Texier) car c’est lui qui a réuni ce quartet qui ne devait au départ n’être que le quartet d’un soir… Et puis il se trouve que j’étais à un moment de ma vie musicale où je jouais depuis une dizaine d’années avec les mêmes musiciens, où je me demandais s’il serait positif d’aller à la rencontre d’autres partenaires… J’étais un peu dans le flou. Et puis ce quartet est arrivé.

Ce quartet, c’est un peu une aventure d’un soir qui se transforme en grande histoire d’amour…
H. T. : C’est vrai ! La musique de jazz et mon expression personnelle sont pour moi entièrement tournées vers l’amour et la vie. Entre nous quatre existent un élan et un plaisir partagé, où chacun se tient à égale distance du centre. Ce qui veut dire être libre et en même temps respecter le territoire de l’autre. On pouvait à partir de ces aspirations communes imaginer un avenir à cet orchestre-là…

On a l’impression que vous parlez d’une relation amoureuse…
H. T. : On peut tomber amoureux d’un musicien, de sa musique, de son expressivité, ou s’il y a une espèce d’osmose parfaite dans la manière de ressentir l’espace-temps. Cela peut s’assimiler à de l’amitié, avec une notion de sensualité… Parce que le jazz – on a parfois tendance à l’oublier – est une musique qui naît d’un rapport avec la danse, avec le geste, avec la vibration physique. Je trouve que la musique de jazz manque un peu de « négritude » en ce moment ! S’il n’y pas cette sensualité, je m’ennuie.

« Je reste un vieil hippie : il faut que ça plane, que ça vibre ! »

Comment abordez-vous ce concert ?
H. T. : Je sais bien que j’ai 68 ans et que c’est le moment ou jamais, même si je n’ai rien à faire de la notion de célébration. L’enjeu essentiel ne concerne pas le casting mais la manière dont les musiciens vont entrer dans un équilibre pour aller les uns vers les autres, pour partager cette rencontre et ce plaisir. Car il doit être question avant tout de plaisir. Et surtout pas de frime. Nous allons veiller à ce que les talents ne s’additionnent pas entre eux – ou pire s’annulent – mais au contraire se multiplient…

Ce plateau est organisé autour de vos deux groupes, l’ancien « Nord-Sud Quintet » et le « Hope Quartet » qui vont en quelque sorte se passer le témoin …
H. T. : Les musiciens du Nord-Sud Quintet ont très bien reçu l’idée d’aller à la rencontre de cette nouvelle formation. Cela ne se passe pas toujours aussi paisiblement lorsque l’aventure d’un groupe se termine. Ce passage entre les deux groupes va se faire dans la tranquillité, d’où le titre du concert : « Equanimity Meeting ».

Vous restez très sensible à la notion de démocratie et de respect à l’intérieur de vos groupes.
H. T. : Oui bien sûr. A mon avis, c’est de cette manière que la musique apparaît sous son meilleur jour. Si la vie ensemble est conflictuelle ou si chacun n’a pas la sagesse de laisser son ego au vestiaire, la musique s’en ressent. Ça ne plane pas. Je reste un vieil hippie : il faut que ça plane, que ça vibre ! S’il y a des tensions, ça ne m’intéresse pas. Un bon leader n’est pas quelqu’un qui utilise les musiciens mais qui les met en valeur. Tous les musiciens avec qui je joue depuis presque toujours sont aussi chefs d’orchestre, compositeurs, leaders, créent des disques, etc. Ce sont des musiciens intelligents et éclairés.

Vous serez aussi entouré de deux invités prestigieux…
H. T. : J’ai tout de suite pensé à John Scofield. Je l’ai rencontré grâce à Steve Swallow qui est vraiment un ami proche… Je le connais bien, je l’ai vu très souvent, et nous avons eu ensemble des échanges très chaleureux et profonds au sujet de la musique et de la vie. Mais on n’a jamais joué ensemble ! L’autre invité sera Joe Lovano, parce que c’est la personne à laquelle je n’ai même pas à penser ! Comme avec Swallow, j’ai avec Joe des relations très anciennes, depuis le début des années 80. C’est un compagnon…

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec.

Concert avec : John Scofield et Manu Codjia (guitares), Joe Lovano, Francesco Bearzatti, François Corneloup et Sébastien Texier (saxophones), Christophe Marguet et Louis Moutin (batterie) et Henri Texier (contrebasse).

Nouvel album : Henri Texier – Hope Quartet « At l’improviste » (Label Bleu, sortie fin février).

A propos de l'événement

HENRI TEXIER
du Vendredi 1 mars 2013 au Vendredi 1 mars 2013
Théâtre du Châtelet
1 Place du Châtelet, 75001 Paris.
Vendredi 1er mars à 20h. Tél. : 01 40 28 28 40. Places : 20 à 90 €.
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