La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Les Femmes savantes

Les Femmes savantes - Critique sortie Théâtre
Légende : Face à face, « savants » et « ignorants » Copyright : Brigitte Enguérand

Publié le 10 mars 2011 - N° 187

Avec Les Femmes savantes, Marc Paquien ravive des querelles sur le statut du savoir et la place des femmes dans la société qui, si les lignes en ont bougé depuis Molière, n’ont rien perdu de leur actualité.

Pièce longue – les 5 actes canoniques- et érudite – on y débat beaucoup et on y cite moults écrivains – Les Femmes savantes n’est pas des comédies de Molière celle qui laisse le meilleur souvenir aux collégiens. Il y est beaucoup question de « la séparation du corps et de l’âme », « des substances étendue et pensante », «  du commerce des sens », et autres concepts ou périphrases convoqués en cascade dans un  affrontement sur l’émancipation des femmes par le savoir. Peu de comédie finalement, hors une intrigue traditionnelle de mariage forcé et quelques traits des personnages : l’esprit velléitaire de Chrysale, la folie érotomane et romanesque de Bélise, la pédanterie de Trissotin… Marc Paquien, d’ailleurs, prend le texte au sérieux et cherche à bien faire entendre la complexité des débats qui agitent l’époque. En même temps qu’ il prend garde à conserver l’ambivalence des personnages pour maintenir l’esprit du spectateur dans un perpétuel éveil. Il n’y a pas dans cette pièce de bons, ni de méchants. Et le débat n’est pas tranché.

Plus précieuses que ridicules

Nous sommes au 17ème siècle. Et si l’on s’en réfère au schéma proposé par Molière, l’aspiration au savoir passe encore par la négation de la chair, dans une platonicienne – et très chrétienne – séparation entre le corps et l’esprit.( On attendrait le philosophe des Lumières qui mêle les deux dans un même plaisir pour réconcilier les parties). D’un côté les trois femmes savantes, aux cheveux lâchés et aux yeux rougis par la lecture, à la cheville de l’humanisme et d’un rationalisme balbutiant, sont plus précieuses que ridicules. Elles expriment une aspiration à renverser l’ordre masculin – une qualité chez Molière – qui trouve cependant pour pendants : pédanterie et aveuglement,  et un certain mépris pour celles et ceux qui ne leur ressemblent pas. Tapi dans l’ombre, Agitant ses trompeuses lumières, un faux savant, Trissotin, décalque du faux dévot, en profite pour convoiter les biens de la famille bourgeoise en prétendant épouser Henriette, l’ignorante, qui rêve surtout de « prendre mari et de faire marmots »…avec Clitandre. Ce dernier, point d’équilibre de la pièce, sorte d’Alceste vertueux, humblement savant et épris d’honnêteté, parviendra à sauver l’amour dans un dénouement inventé par Ariste, frère de Chrysale, qui joue à merveille les messagers roués. Le tout dans une mise en scène dépouillée et efficace, sur fond bleu céruléen, à l’image d’un ciel où s’évanouissent les esprits éthérés. La machine est en place. Elle fonctionne bien, aux détriments parfois d’une certaine intériorité.

Eric Demey


Les Femmes savantes de Molière, mise en scène de Marc Paquien.
• MCNN – Nevers (58) : le 8 mars 2011
• L’Avant Seine – Colombes (92) : les 10 et 11 mars 2011
• La Coupole – Saint Louis (68) : les 18 et 19 mars 2011
• L’Odyssée – Périgueux (24) : les 22 et 23 mars 2011
• Théâtre Olympia – Arcachon (33) : le 25 mars 2011
• La Comédie de Picardie – Amiens (80) : du 29 mars au 2 avril 2011
• Théâtre – Saint Quentin (02) : le 5 avril 2011
• Théâtre Jean Vilar – Suresnes (92) : le 8 avril 2011
• Théâtre – Carcassonne (11) : le 14 avril 2011
• Les Célestins – Lyon (69) : du 19 au 24 avril 2011

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