La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

France-Allemagne

France-Allemagne - Critique sortie Théâtre
Légende : « Jocelyn Lagarrigue et Rainer Sievert, deux anciens soldats de tranchées ennemies sur un terrain de foot d’aujourd’hui.»

Publié le 10 avril 2010

Le récit historico-footballistique de Marc Wels, Rainer Sievert et Jocelyn Lagarrigue, telle une balle de match jetée à la volée sur une scène de pelouse synthétique, dribble plutôt habilement entre Histoire, peuples et amitié.

Le spectacle France-Allemagne parle des relations ambiguës entre deux peuples à travers deux partenaires de scène ; Rainer Sievert, allemand francophile, et Jocelyn Lagarrigue, français germanophile. Le plateau est un terrain de foot ; la fable repose sur la controverse de la demi-finale de la Coupe du Monde entre la France et la RFA (1982). L’opposition est classique entre le jeu des Français, offensif et créatif, et celui des Allemands plus tactique et physique. Pour aller vite, les Français jouent mieux, mais les Allemands gagnent. Dès 1936, Soupault analyse le match de foot, la lutte entre deux équipes dans l’enthousiasme des masses « qui, retrouvant leur instinct grégaire, reconnaissent les batailles de leurs ancêtres, tribus contre tribus ». Le football professionnel et financier, ludique et spectaculaire, reste un lieu politique. Pareillement, les tranchées de la Grande Guerre à Arras pouvaient mesurer la distance d’un penalty, avec l’ennemi tout près de soi. À l’opposé, s’installe la vision pacifiste de La Grande Illusion (1937) de Jean Renoir : le Capitaine de Boëldieu (Pierre Fresnay), et l’officier von Rauffenstein ( Erich von Stroheim). Au-delà du conflit, les aristocrates se reconnaissent, même classe sociale et même culture.
 
Les acteurs « se mettent sur la gueule » en se rouant de coups
 
L’entente caractérise également le couple Kohl et Mitterrand à Verdun (1984) avec une poignée de main commémorative de la terrible bataille. Ces chefs d’État sont proches par leurs origines provinciales et leur méfiance des élites de la capitale. L’accord entre individus est gage d’authenticité contre la fausseté de la loi du groupe. Et cette réconciliation efface avec humour la rencontre du fameux match marqué par l’agression de Schumacher sur Battiston, évacué du terrain. En miroir, les acteurs « se mettent sur la gueule » en se rouant de coups pour simuler aussitôt après la camaraderie. Les clins d’œil comiques de cette relation tourmentée se multiplient. Dans la langue de Goethe, Sievert donne une leçon de cartographie : Outre-Rhin, avant la Chute du Mur, l’Est a pour emblème une tête de mort et l’Ouest, le logo d’un soleil radieux. En Bourgogne, l’élève Lagarrigue est traité de Boche pour avoir choisi l’allemand en première langue. Le spectacle est nuancé et drôle à travers sa quête des blessures du souvenir et sa lutte contre les nationalismes et l’antisémitisme ; il devrait gagner en rythme. Un dynamitage des préjugés et de l’esprit de clocher.
 
Véronique Hotte


France-Allemagne ; de Jocelyn Lagarrigue, Rainer Sievert et Marc Wels, mise en scène de Jocelyn Lagarrigue. Du 31 mars au 19 avril 2010. Du mercredi au lundi à 20hh30, samedi à 19h et dimanche à 17h. Durée : 1h30. Théâtre de l’Atalante 10 place Charles Dullin 75018 Paris. Réservations : 01 46 06 11 90

A propos de l'événement



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