La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -297-Constellation Diverrès

Voyage dans les replis du temps et des présences, rencontre avec Catherine Diverrès

Voyage dans les replis du temps et des présences, rencontre avec Catherine Diverrès - Critique sortie  Vannes Compagnie Catherine Diverrès
Crédit : Nadia La Ganza Catherine Diverrès

Entretien

Publié le 22 février 2022 - N° 297

Catherine Diverrès revisite son œuvre, livre ses sources d’inspiration et nous rappelle que la danse est un au-delà du corps.

Quelle est la genèse de votre film, Mémento ?

Catherine Diverrès : Voici près de quarante ans que je chorégraphie, et, après avoir été directrice du CCN de Rennes, puis artiste associée au Théâtre Anne de Bretagne de Vannes, j’ai souhaité arrêter l’activité de ma compagnie. Laurent Vinauger, délégué à la Danse au ministère de la Culture, m’a alors parlé d’un dispositif particulier pour laisser une trace de mon travail à des fins de transmission, ce qui a toujours été une de mes préoccupations. Il m’a appris qu’il existait une aide sur trois ans pour des projets liés au patrimoine. J’ai alors imaginé réaliser un documentaire sur ce qui sous-tend la création, intitulé Mémento. Ensuite j’ai obtenu une bourse de recherche du CN D, en précisant ne pas vouloir créer un document d’archive, mais un film visible par le public avant l’arrêt de la compagnie dont la date a été fixée à avril 2023. J’ai voulu rendre compte de ce qui fonde le processus de création, laisser émerger ce qui génère et façonne l’évolution de l’écriture chorégraphique, donner voix aux rencontres singulières, aux relations qui unissent passé et présent. Je suis très attentive à cette présence charnelle qui nous relie tous au plateau.

Comment Mémento s’articule-t-il ?

C.D. : Mémento s’articule en deux parties. Il dure en tout cinq heures et demie et correspond à une vingtaine de questionnements ou thématiques que les artistes partagent suivant les époques et les âges de la vie : mémoire et transmission, temps et espace, abstraction et subjectivité, mouvement et porosité, processus et incarnation, art dans la cité…  Dans la première partie, sont proposés des extraits de pièces qui sont comme un précipité du geste créatif, des photos et des textes que j’ai écrits. Ils sont dits par Laurent Peduzzi, qui m’a accompagnée dans ce cheminement, une comédienne et moi-même, car je voulais des voix plurielles. La deuxième partie est constituée d’entretiens avec des artistes qui ont collaboré avec moi. Que des personnes que je n’avais pas revues depuis longtemps, 25 ans pour certains, aient tous répondu présent, m’a totalement bouleversée. Afin de rendre visible ce travail, j’ai imaginé avec Laurent Peduzzi une installation plastique déployée sur quatre écrans où le film est projeté, avec un puit sonore, et des photos.

« C’est une conscience la danse. Une conscience faite de relations humaines, de temporalités, de fidélités, de ruptures, de bifurcations. »

Pourquoi un tel témoignage est-il si important pour vous ?

C.D. : L’important, c’est la danse ! C’est une conscience la danse, ce n’est pas que des formes. Elle est faite de relations humaines, de temporalités, de fidélités, de ruptures, de bifurcations. Tout cela a une influence sur l’écriture, tout cela tisse un faisceau de relations sensibles, intellectuelles et artistiques qui fait que l’on se déplace au fil du temps. C’est tout cela que je trouve troublant, intéressant à cultiver, à exprimer et à transmettre. C’est pourquoi je pense qu’il y a une responsabilité envers la danse pour les artistes, les programmateurs, les gens qui connaissent l’histoire des années 1980, de laisser une trace de ces écritures qui n’existeront plus. J’espère qu’une telle transmission pourra donner des idées, enrichir les langages. Au début nous nous croyons autosuffisants, puis c’est l’expérience du temps qui nous invite à reconnaître ce qui nous a influencé et inspiré.

Propos recueillis par Agnès Izrine

A propos de l'événement

Compagnie Catherine Diverrès
17 rue du Capitaine Jude 56000 Vannes.

Partenaires institutionnels du film Mémento : ministère de la Culture - Direction générale de la création artistique ; FACCA (fonds d'aide à la création audiovisuelle et cinématographique du Conseil régional de Bretagne) ; Centre national de la danse.


 


Tel. :  02 97 40 51 26.


compagnie-catherine-diverres.com


 


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