La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -244-FESTIVALS « RESEAU SPEDIDAM »

Un nouveau modèle de festival

Un nouveau modèle de festival - Critique sortie Classique / Opéra
© D. R.

Entretien croisé
François Nowak et Guillaume Damerval

Publié le 26 mai 2016 - N° 244

À quelques pas des Invalides, nous rencontrons François Nowak et Guillaume Damerval. Le premier est le président de la Spedidam et le second le gérant. L’occasion de faire le point sur le rôle de cette société de perception et de répartition des droits des artistes-interprètes et sur son action innovante et conquérante en matière de festivals.

Quelle est l’histoire de la Spedidam et son rôle ?

François Nowak : La société a été créée en 1959, mais notre origine remonte aux années 30, au moment où les enregistrements se sont substitués aux musiciens jouant « en direct » dans les cinémas. Il fallait offrir des compensations aux musiciens qui perdaient une importante source de revenus. Il y a eu beaucoup de procès jusqu’à ce que François Mitterrand légifère en 1985.

Guillaume Damerval : Notre mission est de percevoir les droits et de les répartir ensuite aux artistes. Nous tirons nos revenus de la rémunération équitable, qui provient des lieux où la musique est diffusée, ainsi que de la rémunération pour copie privée (sur les supports vierges type CD, DVD…). En 2015, le montant de nos perceptions était de 54 millions d’euros. Si la Sacem s’occupe des auteurs-compositeurs, la Spedidam elle se consacre aux artistes interprètes. Nous avons actuellement 90 000 ayants droit. Il y a en Europe 35 sociétés civiles de ce type. Et en France, deux sociétés se partagent la gestion des droits des artistes-interprètes : l’Adami et la Spedidam.

« Le but est d’arriver à créer un festival par département»

François Nowak

Qui dirige la Spedidam ?

F. N.  : La Spedidam est administrée directement par les artistes. Il y a 24 artistes élus. Dans le conseil d’administration, on retrouve des personnalités comme Didier Lockwood, Manu Katché, Cyril Huvé, Richard Galliano… Nous avons en outre 44 salariés et faisons en sorte que nos frais de gestion soient les plus faibles possibles afin de répartir un maximum de rémunération des droits aux artistes.

Qu’en est-il de votre investissement sur les festivals ?

G.D. : 25 % de la rémunération pour copie privée est dédiée à l’action artistique. En 2015, 15 millions d’euros ont été consacrés à ce volet. Nous aidons le milieu professionnel en attribuant des aides.

Vous avez initié une action très ambitieuse dans ce domaine des festivals…

F. N.  : Nous favorisons la création de festivals labellisés « Réseau Spedidam ». Cela vient du fait que nous avons rencontré un grand nombre de maires qui souhaitaient monter un festival dans leur commune, mais avaient peur d’un échec et ainsi d’entraîner la municipalité dans un déficit conséquent. Nous avons créé une charte qui permet aux maires d’être rassurés, avec une garantie de non-déficit. Nous labellisons un festival, qui doit au moins durer trois jours la première année (quatre jours la deuxième, cinq jours la troisième…).

« 25 % de la rémunération pour copie privée est dédiée à l’action artistique. »

Comment cette labellisation se traduit-elle économiquement ?

G.D. : Nous aidons les festivals à hauteur de 100 000 euros la première année, 90 000 euros la deuxième année… Et si la ville n’a pas de salles avec une jauge supérieure à 1000 places, nous prenons à notre compte le coût d’un chapiteau pour accueillir le public. En échange, nous demandons aux mairies ou aux communautés d’agglomération d’apporter au minimum 30 000 euros par an. À cela s’ajoutent les soutiens des autres collectivités (région, département), ainsi que toutes formes de mécénat.

F. N.  : Le premier festival à avoir bénéficié de ce système fut un festival de jazz, à Segré. Aujourd’hui, une dizaine de festivals s’inscrivent dans ce dispositif. Le but est d’arriver à créer un festival par département. Nous sommes ouverts à tous les styles musicaux, du jazz au classique en passant par les musiques actuelles. Nous tenons à être complémentaires à l’offre existante : le but n’est pas de créer un festival de musiques en concurrence avec un festival existant à proximité ! Nous sommes également très soucieux des retombées économiques du festival sur le territoire. Un festival comme celui d’Argenton-sur-Creuse, par exemple, peut dynamiser la ville et ses environs sur le plan touristique.

 

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec et Antoine Pecqueur

 

Spedidam

www.spedidam.fr

16 Rue Amélie, 75343 Paris Cedex 07

Tél. 01 44 18 58 58

A propos de l'événement



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