Mellina Boubetra, l’art du dialogue, rencontre.
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Fériel Bakouri, directrice de Points communs – Nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise, ainsi que Sandra Neuveut, directrice de la Briqueterie CDCN du Val-de-Marne, révèlent les atouts du nouveau Pôle International de Production et de Diffusion, Danse & performance, qui fut initié par Points communs en collaboration avec divers partenaires.
Vous venez d’obtenir le label de Pôle International de Production et de Diffusion, Danse & performance. Qu’est‑ce que cela change pour Points communs ?
Fériel Bakouri : L’objectif de ce nouveau Pôle est de soutenir les artistes de France dans leur développement à l’international ainsi que les artistes internationaux dans leur diffusion en France. Parmi onze pôles internationaux répartis sur tout le territoire, le pôle francilien a été créé sous l’impulsion de Points communs. Depuis mon arrivée, 30 % de la programmation est internationale, et notre temps fort Arts et Humanités en mars avait été repéré par le ministère comme un événement inédit. À Cergy‑Pontoise, avec 142 nationalités et une grande école d’art centrée sur la performance, cela avait tout son sens. Le label formalise la dynamique d’un collectif informel de partenaires franco-européens, avec cinq structures franciliennes – Points communs, la Briqueterie CDCN Val-de-Marne, la Fondation Royaumont, l’École Nationale Supérieure d’Arts Paris-Cergy et le Centre National de la Danse – en lien avec un réseau de lieux en France et en Europe – Passages Transfestival – Metz, le Teatro do Bairro Alto de Lisbonne, l’Arsenic à Lausanne, le Maillon à Strasbourg, les Halles de Schaerbeek à Bruxelles, DE SINGEL à Anvers.
Comment ce pôle s’est‑il construit ?
Fériel Bakouri : La pandémie a été un tournant. Nous ne pouvions plus faire venir un artiste d’Inde ou des Philippines pour deux dates. J’ai donc constitué progressivement un groupe informel avec des lieux déjà engagés dans la performance, comme la Briqueterie CDCN du Val-de-Marne ou le Maillon à Strasbourg. Très vite, nous nous sommes tournés vers les artistes du Sud global, talentueux mais issus de pays où les politiques culturelles sont faibles et les déplacements difficiles. Puis le ministère a lancé un appel à projets, en soulignant un autre enjeu : la difficulté pour les artistes de France d’être diffusés à l’international. Avec Sandra Neuveut et les autres partenaires, nous avons travaillé sur la réciprocité : faire venir des artistes d’ailleurs, et accompagner des artistes d’ici vers l’étranger. L’intitulé « Ailleurs & Ici » fait partie intégrante de l’identité du PIPD.
Sandra Neuveut, comment êtes‑vous entrée dans cette dynamique ?
Sandra Neuveut : Tout est parti d’un travail de coopération né d’affinités artistiques et d’une temporalité commune de diffusion pour La biennale de danse du Val-de-Marne et le festival Arts & Humanités. Nous avons commencé à discuter avec Points communs, puis avec Benoît Pradel à Passages Transfestival Metz. Ce qui nous a réunis, c’est l’envie de travailler ensemble autour de la danse et de la performance, de mieux accompagner les artistes. Nous nous réunissons régulièrement pour articuler nos soutiens : résidences, diffusions, formations. La sélection des artistes se fait collectivement : chacun apporte des propositions, jusqu’à parvenir à un choix partagé.
Fériel Bakouri : Chaque année, nous choisissons dix artistes, cinq d’ici et cinq d’ailleurs. Côté français, nous privilégions des artistes issus des diasporas du Sud global, car ils portent une diversité culturelle qui résonne avec notre territoire. Côté international, chacun apporte des propositions. Cette année, Mellina Boubetra a été proposée par la Briqueterie et le CND ; Marah Haj Hussein par les Halles de Schaerbeek à Bruxelles et DE SINGEL à Anvers. Elles entrent directement dans le festival Arts & Humanités, en production et diffusion.
Comment se répartissent les rôles entre les partenaires du pôle ?
Fériel Bakouri : Points communs coordonne le groupe et assure le lien avec le ministère. Le CND et la Fondation Royaumont portent les volets formation et rencontres professionnelles. La Briqueterie et le CND apportent leurs expertises internationales et leur capacité à repérer des artistes de France ayant un potentiel à l’étranger. Les acteurs du pôle francilien vont signer une convention avec le ministère : c’est un projet réellement mutualisé. Ce travail collectif nous transforme, car nous apprenons les uns des autres : Marah Haj Hussein qui a été choisie à l’unanimité n’aurait pas forcément été présentée en France si nos partenaires européens ne nous l’avaient pas fait connaître. Les onze partenaires soutiennent des esthétiques et des projets très différents, et pourtant, nous nous accordons sur son travail parce qu’il porte une vraie singularité et une dimension internationale. Notre réflexion commune irrigue les territoires et fait circuler des formes qui, autrement, ne s’y installeraient pas.
Qu’est‑ce que ce pôle apporte à vos structures respectives ?
Fériel Bakouri : Il élargit notre horizon. Les partenaires partagent leurs ressources artistiques, leurs repérages, leurs réseaux. Beaucoup d’artistes présentés dans cette 8e édition viennent de ces échanges : Concours de larmes de Marvin M’Toumo m’a été signalé par l’Arsenic de Lausanne, MANDAKÍ de Larie Taveira par le Teatro do Bairro Alto de Lisbonne… Ce travail collectif irrigue ma programmation.
Sandra Neuveut : Pour la Briqueterie, cela renforce nos moyens d’accompagnement sur plusieurs années. Cela m’a permis de découvrir de nouveaux artistes : Mackenzy Bergile, les chorégraphes philippine Eisa Jocson et sri-lankaise Venuri Perera… Et puis Marah Haj Hussein et Nur Garabli, que je n’aurais peut‑être pas repérées aussi vite sans le pôle.
Vos deux structures semblent particulièrement complémentaires…
Sandra Neuveut : En effet. Points Communs à Cergy-Pontoise est une Scène nationale, avec une force de production et de diffusion importante. La Briqueterie développe un regard plus spécialisé, un travail de repérage au long cours, une forte implantation internationale grâce aux projets européens. Nous sommes engagés dans des réseaux comme Aerowaves ou EDN (European Dance Development Network), ce qui nous donne une connaissance fine du paysage chorégraphique européen.
En quoi la danse et la performance qui sont le champ artistique du PIPD Ailleurs & ici répondent‑elles particulièrement à votre territoire et à vos publics ?
Fériel Bakouri : Parce qu’elles dépassent les barrières linguistiques, la danse et la performance constituent un espace d’expression inclusif. En France, notre culture très littéraire rend parfois l’entrée dans la performance plus difficile. Ailleurs, notamment en Belgique ou aux Pays‑Bas, le rapport aux arts visuels est plus naturel. À Cergy‑Pontoise, doté d’une école d’art majeure sur un territoire cosmopolite, la performance trouve un terrain idéal. Et le public suit : il passe du spectacle de Noël sous chapiteau à d’autre formes, performatives et moins grand public, sans les opposer.
Dans un contexte marqué par les replis sur soi, ce travail international prend-il une dimension particulière ?
Fériel Bakouri : Oui, c’est aussi pour cela que ce pôle est essentiel. Nous avons la volonté que tout un chacun puisse se retrouver dans la programmation de Points communs, d’où son nom.
Propos recueillis par Agnès Izrine
Points communs - Nouvelle Scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise
1 place du Théâtre, 95000 Cergy
Tél. : 01 34 20 14 14
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