La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -202-Opéra de Paris

Tête chercheuse

Tête chercheuse - Critique sortie Classique / Opéra Paris Opéra Bastille

Publié le 2 octobre 2012 - N° 202

Depuis 2009, Christophe Ghristi a pris la direction de la dramaturgie (et de la communication) et orchestre un large dispositif d’actions : les concerts de la série « Convergences », le jeune public, les expositions, etc.

« L’Opéra de Paris fait le grand écart : il est le gardien du temple et se doit d’être à l’avant-garde. »

Quelle est la philosophie de la série de concerts « Convergences », qui en est à sa quatrième édition ?

Christophe Ghristi : L’Opéra de Paris est par nature voué aux grandes formes. C’est même dans cette maison qu’est né le grand opéra français. Pour autant, il y a à l’Opéra Bastille une petite salle, l’Amphithéâtre, où l’on peut faire contrepoids. Et cela tombe bien : la musique des petites formes n’est pas moins belle ! Il est de notre responsabilité d’éclairer le public sur le répertoire le plus large, de montrer la voix dans tous ses états, du Crépuscule des Dieux de Wagner aux mélodies de Fauré. D’autant que les grandes salles ont souvent peur de programmer des soirées de récital, de crainte de ne pas les remplir. Or, dans notre salle, tous les récitals affichent complet. J’observe naturellement la programmation des différentes salles de concert parisiennes pour voir quel répertoire il est important de développer. Quant au titre de « Convergences », cela signifie que nous faisons écho, avec cette série de concerts, à la programmation de la grande salle.

Cette série de concerts remet à l’honneur l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille, une salle parfois délaissée ces dernières années…

C.G. : Lorsque je suis arrivé, cette salle n’avait pas une bonne réputation. On m’avait dit que la voix ne s’y portait pas bien… Or l’acoustique y est excellente ! Très sobre, en noir et blanc, cette salle est idéale pour la musique pure. Avec ses 500 places, et son absence de surélévation du plateau, elle instaure par ailleurs une relation particulière entre le public et les interprètes, qui s’y sentent bien. Pour les spectacles jeune public, l’amphithéâtre joue le rôle de « sas ». On espère que des années plus tard, les mêmes spectateurs viendront dans la grande salle.

D’où cet intérêt vous vient-il pour le répertoire de la mélodie et de la musique de chambre ?

C.G. : J’ai découvert la musique non pas avec l’opéra, mais avec le lied et la mélodie. Ma famille n’était pas mélomane, par contre j’avais une affinité particulière avec la langue allemande. J’ai donc, très jeune, été marqué par les voix de Dietrich Fischer-Dieskau, Hermann Prey, Brigitte Fassbender…

De quels moyens disposez-vous pour cette série de concerts ?

C.G. : Les interprètent qui viennent à l’Amphithéâtre font des sacrifices sur leur rémunération, parce qu’ils ont ici l’opportunité de chanter ce qu’ils ne peuvent pas donner ailleurs. Je pense par exemple à Soile Isokoski, qui était ravie de présenter à l’Amphithéâtre les cycles de lieder d’Hindemith, que les autres salles lui refusent généralement, car c’est un répertoire trop peu connu. La programmation se fait dans les deux sens : les artistes me font des propositions, et de mon côté je souhaite présenter telle œuvre avec tel interprète.

Votre programmation fait également se croiser les arts…

C.G. : J’ai une formation littéraire, je suis donc très sensible aux rencontres entre littérature et musique. Cette année, nous accueillons ainsi Eric-Emmanuel Schmitt pour un spectacle Bizet, et Olivier Py autour de Scriabine. Le mélange est délicat, car l’un des arts ne doit surtout pas tuer l’autre. C’est un vrai travail d’orfèvre.

Vous organisez par ailleurs les expositions de l’Opéra de Paris. Quelle est votre politique en la matière ?

C.G. : Les expositions rappellent le socle historique de l’Opéra de Paris. Nous montrons l’histoire de cette maison, et redonnons au public une proximité avec des œuvres et des compositeurs parfois oubliés. Nous avons la chance de disposer, pour ces expositions, dela Bibliothèque-muséede l’Opéra, qui est une antenne dela Bibliothèque Nationalede France. Ce lieu possède une collection incroyable de partitions, de maquettes de décors ou de costumes… Notre rythme est désormais de deux expositions par an. L’Opéra de Paris fait constamment le grand écart : il est un gardien du temple et se doit d’être à l’avant-garde.

Quelle est la stratégie de l’Opéra de Paris en matière d’actions jeune public ?

C.G. : La direction de la dramaturgie, c’est un grand service pédagogique : la série « Convergences », les expositions, les programmes de salle… C’est la pédagogie pour tous ! Et nous organisons bien sûr un grand nombre d’actions pédagogiques spécialement destinées aux enfants. C’est une nécessité car la culture dominante n’est pas celle que nous créons. Nous programmons par exemple cette saison un Ring de poche, en parallèle au Ring donné dans la grande salle. C’est une porte d’entrée pour les plus jeunes. Je remarque qu’aujourd’hui, les jeunes n’ont même plus de clichés sur l’opéra : nous leur faisons découvrir un terrain vierge.

Quelle place le ballet occupe-t-il dans votre programmation ?

C.G. : A l’Amphithéâtre, nous accueillons des chorégraphies réalisées par des membres du corps de ballet. Malheureusement, la scène reste quand même très petite pour la danse. En ce qui concerne le jeune public, nous programmons chaque année trois spectacles lyriques et trois spectacles de ballet. Je travaille donc au quotidien avec Brigitte Lefèvre (ndlr : directrice de la danse à l’Opéra de Paris).

Propos recueillis par Jean Lukas et Antoine Pecqueur

A propos de l'événement

Opéra Bastille
Place de la Bastille, 75012 Paris
Tél : 08 92 89 90 90. www.operadeparis.fr
x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur la musique classique

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le Classique / l'Opéra