La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -343-L’ONJ, 40 ans et toujours en constant renouvellement

Sylvaine Hélary revient sur ses intentions esthétiques et programmatiques à la tête de cette institution

Sylvaine Hélary  revient sur ses intentions esthétiques et programmatiques à la tête de cette institution - Critique sortie  Coutances
Sylvaine Hélary, directrice de l’ONJ depuis janvier 2025. ©Julien Mignot

Publié le 26 avril 2026 - N° 343

Alors que son premier projet, With Carla, sort sur ONJ Records, la flûtiste et compositrice Sylvaine Hélary  revient sur ses intentions esthétiques et programmatiques à la tête de cette institution. 

Quel premier bilan faites-vous après plus d’un an à la tête de l’ONJ ?

Sylvaine Hélary : Je me sens un peu comme le pilote d’un vaisseau aux multiples manettes, avec le désir constant d’embarquer le plus de monde possible dans cette aventure. D’autant que ce poste a cette particularité d’être à la fois une direction artistique et une direction générale, où tout est affaire d’équilibre entre les tâches, les temporalités et les responsabilités. La politique de commande, de collaboration et de co-écriture est au cœur du projet, à l’image des arrangements de Rémi Sciuto pour With Carla et de l’écriture collective pour notre spectacle La Planète Sauvage. Consciente d’évoluer dans un écosystème fragilisé, il m’apparaît fondamental de continuer à faire vivre des espaces de création, de partage et de résistance.

« La politique de commande, de collaboration et de co-écriture est au cœur du projet. »

Que représente Carla Bley dans votre parcours ? 

S.H. : J’ai découvert Carla Bley grâce à Rémi Sciuto il y a presque trente ans. À l’époque, ce qui m’avait frappé, c’est son côté frondeur et touche à tout, qui fait de sa musique un terrain de jeu piochant dans le jazz, le rock progressif, la musique de chambre, les chants révolutionnaires… Une musique savante, drôle, maitrisée et libre.

À l’heure de fêter les quarante ans de l’ONJ, vous êtes la première femme à sa direction. Au-delà du symbole, qu’est-ce que cela change ?

S.H. : Je n’ai pas envie de réduire cette nomination à un symbole, ni de me définir uniquement à cet endroit-là. Bien sûr, cela raconte quelque chose : le fait que ce soit désormais possible, que des parcours comme le mien puissent accéder à ces responsabilités, que cela peu à peu devienne une évidence. Si cette nouvelle nomination peut avoir un effet, j’espère que c’est celui d’élargir les représentations, de rendre ce type de fonction plus désirable et accessible à d’autres. Mais, au quotidien, ce qui compte pour moi, c’est avant tout le projet artistique, la manière de faire collectif et de contribuer à la circulation des imaginaires.

Votre désir d’ouverture était l’une des lignes directrices de votre candidature. Comment y parvenir ?

S.H. : Notre mission première est de donner à entendre la musique de création et de jazz en grand ensemble. Cela passe par la diffusion de nos programmes, nous permettant d’évoluer dans des contextes très variés, d’un opéra à un club de jazz, et de toucher ainsi une pluralité de publics. Il s’agit aussi d’une volonté d’associer d’autres arts, comme avec La Planète sauvage où il n’y a pas vraiment de hiérarchie entre les disciplines. Cette ouverture se traduit par une transversalité esthétique, comme notre prochain programme L’Écho des oiseaux qui emprunte notamment au baroque par l’instrumentation et met en lumière la voix et son traitement. Autre levier, l’ensemble des actions culturelles que nous menons auprès des scolaires, des publics éloignés…

Peut-on lire dans le propos de L’Écho des Oiseaux un écho au saccage de la nature ?

S.H. : C’est avant tout un hommage au roman Les Oiseaux du Norvégien Tarjei Vesaas, une œuvre qui nous touche profondément par sa manière d’éveiller aux signes de la nature à travers le regard d’un être simple, en quête d’une place où sa différence pourrait s’effacer. Co-écrit avec la chanteuse Lynn Cassiers, L’Écho des Oiseaux, dont la création aura lieu le 9 avril 2027 au Quartz à Brest, s’en inspire pour proposer une traversée intime et sensorielle, où nous cherchons à plonger le spectateur dans un monde intérieur, faisant affleurer une Norvège réelle et rêvée, portée par une forte puissance poétique et symbolique.

 

Propos recueillis par Jacques Denis

A propos de l'événement

With Carla
du jeudi 14 mai 2026 au jeudi 14 mai 2026


concert le 14 mai à Jazz sous les pommiers à Coutances,  le 21 juin Fête de la musique - Jardins du Palais-Royal à Paris, le 26 juin à Jazz à Garches, le 2 juillet au Festival Marseille Jazz des Cinq Continents.

With Carla (ONJ Records/ L’Autre distribution), sortie d’album le 22 mai.

 

Site : www.onj.org

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