La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -146-Allan

Rencontre avec Didier Levallet, directeur de L’Allan.

Rencontre avec Didier Levallet, directeur de L’Allan. - Critique sortie Jazz / Musiques

Publié le 10 mars 2007 - N° 146

Didier Levallet renonce au « prêt à programmer ». Une prise de risque pour la
santé des musiques actuelles, qu?il aimerait partager avec d’autres
programmateurs de Scènes Nationales.

Vos responsabilités de directeur de L’Allan vous poussent-elles à assister à
un grand nombre de spectacles ?

Didier Levallet : En tant que « jeune » directeur, je manque de
connaissances et d’informations sur les circuits hors musique. Je dois me forger
une culture du spectacle vivant, aller à la rencontre des compagnies, des
metteurs en scène, des chorégraphes’

A l’exception de la musique, vous semblez disposer d’un regard neuf sur les
autres disciplines que le jazz, votre musique.

D. L. : Je soupçonne mes collègues de fonctionner par réseaux, et de
moins se déplacer que moi. Des codes bien établis régissent le circuit culturel
officiel, notamment en théâtre. L’Etat se considère comme prescripteur, et
attend souvent des programmateurs qu’ils prennent le relais de choix déjà faits
en amont? Pourtant, les bonnes surprises, surgies de nulle part, arrivent
parfois. Je me souviens d’avoir découvert une excellente petite compagnie dans
le festival Off d’Avignon. Je l’ai repérée dans une très jolie version des
Exercices de style
de Queneau, et engagée ! En quinze ans d’existence,
L’Allan était leur première Scène Nationale !

En tant que musicien, pensez-vous bénéficier d’un ?il « jazz »  sur
l’ensemble de la programmation ?

D. L. : L’?il « jazz » réside dans cette liberté, cet affranchissement
des carcans conventionnels. L’esprit d’un lieu doit ressembler à son
programmateur. C’est sa maison. Mes collaborateurs collent à ce que je souhaite
apporter : un regard d’artiste sur une programmation. Je suis là pour ça. Il
n?est pas innocent de la part du Ministère d’avoir placé des personnalités
telles que la chorégraphe Stéphanie Aubin à Reims, ou moi-même, à la tête de
Scènes Nationales. C’est rare mais il m’arrive même de monter sur scène, en
forme de clin d’?il ! C’est important pour installer un contact avec le public’

« Ce que je souhaite apporter : un regard d’artiste sur une programmation. »

Que représente la part du jazz dans une saison ?

D. L. : Je propose un concert de jazz par mois. Plus, je ne serais pas
suivi par le public. En revanche, je mêle volontiers jazz ou musiques
improvisées aux autres arts à travers des créations hybrides : François Merville
et un jongleur, Pascal Contet et l’écrivain Marie Nimier. Par souci
d’identification et de visibilité, le jazz est privilégié et valorisé dans la
programmation, à travers un abonnement et une communication à part. Pour mieux
toucher le public local, nous travaillons aussi beaucoup sur la convivialité, en
particulier à travers les « soirées club » au cabaret Le Palot qui accueille
aussi bien des découvertes de vins à l’issue des concerts que des cafés
mélomanes ou des conférences sur l’histoire du jazz. Pour le théâtre, les
publics de Vesoul, Besançon, Belfort, Mulhouse (autant de villes situées à moins
d’une heure de Montbéliard) n?ont pas besoin de nous. En revanche, nulle autre
structure de la région n?offre la spécificité jazz de L’Allan.

L’Allan produit une à deux créations par an. Parlez-nous du projet Au
commencement du collectif Nine Spirit en résidence cette année.

D. L. : Je ne produis que des projets musicaux. C’est une politique
délibérée. J’ai reçu le saxophoniste marseillais Raphaël Imbert à la tête du
Nine Spirit, il y a trois ans, pour une adaptation d’Amkoullel, l’enfant peul
d’Amadou Hampâté Bâ. Et j’ai accepté en toute confiance ce nouveau projet de
slam-jazz, qui dresse un parallèle entre la genèse du monde et la naissance d’un
orchestre.

« Je ne produis que des projets musicaux. C’est une politique délibérée. »

Quels sont vos espoirs pour les quatre années qui vous restent à L’Allan ?

D. L. : J’aimerais faire sauter quelques verrous. Mes coproducteurs
réguliers restent les festivals de Nevers, du Mans, de Coutances’ Des lieux de
jazz ! Maintenant, j’aimerais entraîner dans l’aventure de projets musicaux
innovants d’autres directeurs de Scènes Nationales. Je ne veux pas être le
seul ! Reste également à trouver « l’oiseau » qui me succèdera en 2011?

 

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec et Anne-Laure Lemancel

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