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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -293-Volmir Cordeiro à Points communs

Métropole, ville et corps sous contrôle, rencontre avec Volmir Cordeiro

Métropole, ville et corps sous contrôle, rencontre avec Volmir Cordeiro - Critique sortie
© Hervé Veronese Métropole

Entretien

Publié le 22 octobre 2021 - N° 293

Volmir Cordeiro crée Métropole, dans le cadre du portrait que le Festival d’Automne consacre à la chorégraphe Lia Rodrigues, dont il fut l’interprète au Brésil. Un solo qui explore diverses manières d’être relié à l’autre.

Quelles sont les caractéristiques de la métropole dont traite votre prochaine création ?

Volmir Cordeiro : Je suis parti pour Métropole de trois mots : terreur, révolte et stupidité. C’est une première manière de la caractériser. La pièce est organisée en trois actes dans lesquels je décline ces trois notions. La terreur va de pair avec l’idée de sécurité. Elle est entretenue par l’extrême droite qui fabrique la peur chez l’autre pour mieux lui vendre un besoin de sécurité. C’est ce qu’a traversé le Brésil pendant toute la campagne de Bolsonaro et qui perdure encore aujourd’hui, j’y suis extrêmement sensible. Ensuite il y a la révolte. Là il s’agit d’initier la lutte. Comment nous y préparer ? Comment faire un premier geste pour l’organiser ? Elsa Dorlin disait : « Un pas de danse est déjà une manière de s’engager dans le combat ». J’essaie donc de voir comment je peux transformer un pas de danse en un geste combatif ou d’auto-défense. Quant à la stupidité, cela touche à la question des technologies, à l’écran comme objet de fascination mondiale. Tout le monde accepte le pacte qui veut que l’on soit à la fois consommateur et consommable, puisque l’on produit des images pour les autres en même temps que l’on consomme les leurs. Et au rythme du clavier, nous nous faisons ainsi des centaines « d’amis », à n’importe quel instant, ce qui génère une diffusion mondialisée de la norme, de la banalité. Dans ce paysage assez dur de métropole, j’essaie toutefois de poser des élans d’optimisme, d’entrevoir d’autres possibles qui offrent des espaces de circulation, qui rendent les corps plus libres.

« Je suis parti pour Métropole de trois mots : terreur, révolte et stupidité. »

Dans la note d’intention de ce spectacle vous écrivez : « Je suis une métropole ». Mais comment incarner une métropole, qui plus est en solo ?

V.C. : C’est en réalité un duo puisque si je suis le seul à danser, le batteur Philippe Foch occupe le centre du plateau avec sa grosse caisse et sa caisse claire. Je voulais pour cette pièce un son puissant, donner à entendre le grondement apocalyptique de la métropole, une musique normée, militaire, ou au contraire festive comme celle d’une fanfare. Esthétiquement mon travail est basé sur le rapport au vêtement et en l’occurrence je m’habille en métropole. C’est-à-dire qu’à travers un masque, de la feutrine qui compose plusieurs couches de costume que j’enlève d’un acte à l’autre, je donne à voir plusieurs personnages. J’incarne successivement un être soumis au pouvoir patriarcal de l’état oppresseur, un citoyen qui essaie de regagner sa liberté de mouvement, puis celui hypnotisé qui est rendu stupide par les écrans, TikTok, les réseaux sociaux. C’est ce qui me fait écrire que je suis une métropole.

Metropole est programmée dans le cadre du portrait que le Festival d’Automne consacre à Lia Rodrigues. Vous écrivez également lui dédier cette pièce. Quels sont les liens qui vous unissent à elle ?

V.C. : J’ai découvert le travail de Lia quand j’avais 14 ans. Sa compagnie est venue présenter Ce dont nous sommes faits dans ma ville. Cela a été pour moi une expérience fondatrice puisque c’est en voyant cette pièce que j’ai décidé de devenir artiste. Neuf ans plus tard, je déménageais à Rio pour travailler avec elle et je dansais ce spectacle ! Je suis resté dans la compagnie pendant trois ans, j’y ai découvert les tournées, l’Europe, et c’est ainsi que je me suis installé en France. Beaucoup de choses m’unissent à Lia. Elle m’inspire autant par sa manière de créer, de travailler que par sa manière d’être dans le monde. Cela va faire 30 ans qu’elle gère sa compagnie dans des conditions très précaires, sans aucun soutien du Brésil, et elle s’investit totalement dans son art, en étant là pour l’autre.

Propos recueillis par Delphine Baffour

A propos de l'événement

Métropole

Théâtre 95. Du 10 au 13 novembre.


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