Première française de la création « Mbok’Elengi » de Jolie Ngemi
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La chorégraphe palestinienne Marah Haj Hussein crée un duo audacieux avec la danseuse et performeuse Nur Garabli, qui vit à Ajami au Sud de Tel Aviv.
Pourquoi dansez-vous ?
Marah Haj Hussein : Je danse depuis toujours. Mes premiers cours, à sept ans, étaient un mélange improbable et très ludique de flamenco, hip-hop, jazz ou « danses du monde », enseigné par un professeur russe installé dans mon village, Kafar Yassif. Avant cela, j’inventais déjà des chorégraphies avec mes cousins, mes frères. À quatorze ans, j’ai découvert un studio plus professionnel, où j’ai commencé le ballet et la danse contemporaine : c’est là que ma pratique s’est vraiment ouverte. Puis je suis partie tenter l’expérience en Europe, où l’on change de pays comme de train ! En tant que palestinienne c’était inimaginable, car les frontières sont partout. Arrivée à Anvers, après l’Allemagne et l’Autriche, son atmosphère particulière m’a convaincue. Sept ans plus tard, j’y suis toujours.
En tant que femme palestinienne, comment votre parcours influence-t-il votre création ?
M.H.H. : Tout ce que je suis — mon histoire, ma langue, le contexte dans lequel j’ai grandi — participe de ma création. Ma recherche a d’abord porté sur les langues et les rapports de pouvoir qu’elles véhiculent, puis s’est déplacée vers le corps. Comment inventer un langage qui nous appartient, face à des techniques occidentales présentées comme “neutres” mais chargées d’histoires coloniales ? Cette tension est devenue un point de départ.
Dans cette création à quatre mains avec Nur Garabli vous travaillez sur la notion de “corps militarisé”. Comment abordez-vous cette violence intériorisée ?
M.H.H. : Avec Nur, nous avons commencé par confronter nos histoires corporelles : ce dont nous avons hérité, ce que nos corps ont absorbé, ce qu’ils voudraient oublier. Nous sommes toutes deux palestiniennes, mais nos environnements d’enfance sont très différents. De cette rencontre est née une recherche sur les transmissions féminines — grand-mère, mère, fille — puis sur les techniques que nous avons apprises, notamment celles issues de méthodes où le corps est entraîné quasi comme celui d’un soldat. Nous ne reproduisons pas cette violence. Nous la mettons à distance, nous la rendons visible sans nous y soumettre. L’enjeu est de permettre au public de questionner ce qu’il considère comme “normal” dans la danse : la force, la discipline, la verticalité, tout ce qui porte en réalité la trace d’un imaginaire militaire.
Propos recueillis par Agnès Izrine
Le 20 mars à 19h, le 21 mars à 18h. Durée 1h.
Tél. : 01 34 20 14 14
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