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Focus -304-Génération Spedidam : le tromboniste Daniel Zimmermann rend un hommage original à Gainsbourg

Le tromboniste Daniel Zimmermann rend un hommage original à Gainsbourg

Le tromboniste Daniel Zimmermann rend un hommage original à Gainsbourg - Critique sortie  Paris
Légende photo : Daniel Zimmermann revisite à sa manière neuf chansons de Gainsbourg. © Sylvain Gripoix

Publié le 24 octobre 2022 - N° 304

Le tromboniste, qui s’était jusqu’à présent consacré à ses propres compositions, signe un hommage original à celui dont il se considère un fan de longue date : Serge Gainsbourg.

Longtemps attaché à de nombreux big bands dans lesquels il continue parfois de siéger, comme le Sacre du Tympan de Fred Pallem, Daniel Zimmermann mène sa barque en solo depuis plusieurs années, dans un parcours jalonné d’albums singuliers, aux univers bien définis. Après un « Dichotomie’s » qui l’avait vu collaborer avec Benoit Delbecq dans un groupe original où le saxophone basse jouait un rôle-pivot, le voici qui renoue avec son « vieux » quartet, composé de fidèles compagnons de route, avec lequel il s’est attaqué à un monument national : Serge Gainsbourg.

Un travail d’appropriation et d’interprétation

Sous un titre qui a des allures de cadavre exquis surréaliste, « L’Homme à la tête de choux en Uruguay », le tromboniste explique avoir voulu, pour la première fois, jouer de la musique qui ne soit pas la sienne : « Pour ce disque, je n’ai pas souhaité à nouveau enregistrer des compositions originales. Je ne suis pas quelqu’un qui écrit sur commande, seulement quand ça tombe « bien ». Gainsbourg étant l’artiste dont je suis le plus fan sur ce plan, je me suis dit que tant qu’à rendre hommage à quelqu’un, autant que ce soit sincère et que ça porte sur lui. » Zimmermann dit avoir aimé, dès l’adolescence, l’univers du chanteur compositeur et l’avoir découvert en plusieurs fois. D’abord en commençant par la fin, dans les années 1980, encore ado. Suivit le choc de « Melody Nelson », le mythique album de 1971, en collaboration avec le compositeur Jean-Claude Vannier. Plus tard encore, c’est un copain percussionniste qui lui a fait découvrir le premier Gainsbourg, plus jazz, celui qui avant de devenir le sulfureux parolier que l’on sait, avait fréquenté les caves germanopratines et signé ses premiers enregistrements avec des musiciens tels que le pianiste Alain Goraguer ou le guitariste d’origine tsigane Elek Bacsik (album Confidentiel, en 1964). Il confesse aussi avoir adoré le personnage, son décalage, son humour, son détachement.

« Ce que l’on retrouve à toutes les époques chez lui, c’est le souci constant de l’efficacité, le sens de la formule, la corrélation étroite des textes et de la musique. Ce sont des chansons qui sonnent ; il avait un sens mélodique très fort, tout en conservant une forme de simplicité », explique encore le tromboniste, qui s’est autorisé à aborder ce répertoire à sa façon, en toute liberté, de manière très ludique. On prévient : ceux qui s’attendraient à entendre une interprétation jazzy des chansons du fantôme de la rue de Verneuil seront loin du compte. Zimmermann a envisagé ce répertoire comme un prétexte à un travail d’appropriation/interprétation au point qu’il juge son disque « à l’opposé d’un disque de reprises ». Et c’est bien mieux ainsi !

Un disque sur lequel souffle l’esprit du jazz, teinté de funk comme de rock

Avec ses complices de longue date, le guitariste Pierre Durand, le bassiste Jérôme Regard et le batteur Julien Charlet, il considère avoir trouvé au fil des ans, un son de groupe. Ce disque, imaginé en grande partie pendant la période d’immobilisme imposé par le Covid19, il l’a pensé avec eux en tête. Résultat : « ça sonne tout seul ! » Il a choisi les chansons au programme en les jouant simplement au trombone, gardant celles qui sonnaient le mieux. Il s’est amusé ensuite à leur appliquer sa pâte, usant de procédés de collages, de démarquages et de décalages pour que ces chansons ne sonnent pas comme de plates redites : « Il fallait que ça sonne comme notre musique », pointe-t-il, à propos d’un disque sur lequel souffle l’esprit du jazz, teinté de funk comme de rock.

Invité à prendre part à l’aventure, Erik Truffaz, qui a croisé la route de Christophe comme Zimmermann celle de Nougaro, mêle le son de sa trompette au trombone du chef sur trois morceaux, notamment Bonnie and Clyde dans un chassé-croisé de cuivres qui évoque l’original duo de Gainsbourg et Brigitte Bardot ou la Ballade de Melody Nelson avec Jane Birkin. Dans les titres en quartet, l’éventail des sourdines auxquelles le tromboniste a recours ajoute à la palette expressive de son instrument, peut-être le plus proche des inflexions de la voix humaine… Pas étonnant de la part d’un musicien qui dit vouloir « chanter à travers son trombone ». Le disque compte ainsi neuf chansons, neuf « variations sur la musique de Serge Gainsbourg » comme le précise le sous-titre de l’album en couverture duquel Zimmermann s’affiche littéralement en « homme à la tête de chou ». Bluffant.

Vincent Bessières

A propos de l'événement

Le tromboniste Daniel Zimmermann rend un hommage original à Gainsbourg
du jeudi 10 novembre 2022 au jeudi 1 décembre 2022

Daniel Zimmermann, « L’Homme à la tête de choux en Uruguay », Label Bleu (sortie le 18 novembre).


En concert le jeudi 10 novembre à 19h45 au foyer du théâtre du Vésinet, 59 bd Carnot, 78110 Le Vésinet, et le 1er décembre à 20h au Bal Blomet, 33 rue Blomet, 75015 Paris.


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