La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -293-Surnatural Orchestra

Le goût du collectif et de l’altérité du Surnatural Orchestra

Le goût du collectif et de l’altérité du Surnatural Orchestra - Critique sortie
Surnatural Orchestra © Matthieu Mounier

ENTRETIEN SURNATURAL ORCHESTRA

Publié le 22 octobre 2021 - N° 293

Pour ses 20 ans, Surnatural Orchestra choisit de s’emparer d’un chapiteau dans un parc à la lisière de Bagnolet et Montreuil. Pour célébrer, enrichir et poursuivre l’aventure commencée il y a 20 ans.

Vingt ans après, comment expliquez-vous que cette forme d’« utopie musicale » ait perduré ?

Surnatural Orchestra : C’est peut-être une forme de mouvement perpétuel qui nous maintient dans le jeu. Des projets artistiques divers, nombreux, pluridisciplinaires, parfois assez monumentaux, nous mobilisent. C’est aussi cette force collective qui nous tient, et qui permet à l’orchestre d’être porté non pas par l’énergie d’une ou deux personnes, mais par celle des dix-huit membres de l’orchestre et de toutes les personnes qui l’entourent – bureau, technique…– et participent à sa vie.

Quelle en a été l’évolution esthétique ?

S.O. : Elle est en partie liée au mouvement des personnes, des musiciens, qui à la fois apportent leur univers et se nourrissent de celui des autres. Ces croisements forment un magma mouvant. Au début, Surnatural a été une fanfare acoustique qui s’est transformée très vite en orchestre, avec des éléments amplifiés, claviers et guitare notamment. Le fil conducteur toutes ces années a été l’improvisation et les formes ouvertes, avec toujours un pied dans la tradition populaire et le jazz. D’une certaine façon il y a toujours cette envie de voyage, de scénario musical. La volonté de multiplier les rencontres et les formes de spectacle (ciné-concert, cirque…) nous a aussi amenés à composer avec de nouvelles contraintes, à s’inspirer d’autres univers esthétiques.

« Le fil conducteur toutes ces années a été l’improvisation et les formes ouvertes. »

Le fonctionnement en « mode collectif » s’avère souvent difficile à tenir sur la durée…

S.O. : C’est vrai que l’épuisement peut parfois participer au départ de certains, mais on continue à croire farouchement à ce fonctionnement collectif. À travers lui on cultive aussi une manière de voir le monde. Sans chef, horizontale, participative. Pendant toutes ces années on a cultivé cette manière de faire comme un précieux trésor. Beaucoup de réunions ! Et pas mal aussi de constantes remises en question. Assez souvent on se demande si on peut changer notre façon de faire, évoluer, prenant exemple sur des expériences existantes comme les communautés Zapatistes du Sud du Mexique entre autres.

Pour cet anniversaire, vous posez la première « pierre » d’un nouveau dispositif : un chapiteau nomade. Pourquoi ?

S.O. : Le Studio de L’Ermitage a été pour nous pendant de longues années comme notre deuxième maison. Nous avons grandi ensemble et y avons joué régulièrement. Le chapiteau arrive comme une réponse à une envie d’autonomie, et après des années passées à jouer avec des circassiens, on y a pris goût !  La nouvelle création cirque, qui sortira fin janvier 2022, avec la compagnie Inextremiste et Bikes & Rabbits, se fera dans ce nouveau chapiteau. On est à la fois super excités et curieux de vivre cette nouvelle expérience.

La crise du Covid a-t-elle eu des effets sur cette décision ?

S.O. : La crise du Covid nous a plutôt confirmés dans l’idée de foncer et de faire des choses encore plus impensables et démesurées. Cette réalité nous a frappé de plein fouet, mais au lieu de l’appréhender comme une occasion de changement, nous voilà de plus en plus dans ce capitalisme prédateur qui se développe et qui voit la crise sanitaire comme une opportunité d’enfoncer le clou, pour gagner du terrain dans le profit et aussi la destruction de la planète.

Et justement, vos projets actuels s’inscrivent dans une implantation dans les territoires, au cœur du local…

S.O. : On évolue dans les quartiers de l’Est parisien depuis le tout début et, après avoir été à Pantin, on a eu l’occasion de s’implanter au Théâtre L’Echangeur à Bagnolet, dans notre Studio Caracol. Depuis, notre collectif a mis en place des actions culturelles dans les quartiers alentours, et petit à petit, on construit une vraie implantation, qui va au-delà des concerts, grâce à des ateliers, des fêtes, des karaokés de façade. C’est un travail de long terme.

 

Propos recueillis par Jacques Denis

A propos de l'événement

Surnatural Orchestra en 5 dates 

2001 : création officielle de Surnatural Orchestra


2003 : concert du premier album éponyme à La Maroquinerie. Bientôt le collectif traverse la rue de Ménilmontant pour trouver au Studio de l’Ermitage un espace de résidence qui va durer plus de dix ans.


2009 : sortie du double CD, un objet graphique qui commence par Six apparitions de Berlusconi sur un écran et se clôt par un explicite Life Is a Biche.


2017 : tournée au Mexique, de Guanajuato à Puebla.


2020 : sortie de Tall man was here à l’occasion de leur vingtième anniversaire.


www.surnaturalorchestra.com


 


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