« Fusées » de Jeanne Candel, un extraordinaire voyage théâtral, foutraque et tout en déséquilibre
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Avec Robert Bouvier dans le rôle du Minotaure, Jeanne Pasquier met en scène ce texte de Dürrenmatt, assistée par Antoine Joly. Tous ensemble, ils explorent l’être humain par le monstre. Une première création pour cette comédienne phare du Teatro Malandro.
Que raconte ce texte ?
Jeanne Pasquier : À l’origine, ce n’est pas une pièce pour le théâtre mais une nouvelle, écrite en 1985 par Friedrich Dürrenmatt et dédicacé à Charlotte Kerr, sa seconde épouse. Il y réécrit le mythe du Minotaure, évoquant la part humaine de la bête, la nostalgie de ce théranthrope à l’idée de l’être humain qu’il n’est pas. Le Minotaure rêve de langage et de fraternité. Le labyrinthe dans lequel Dürrenmatt l’enferme est un labyrinthe fait de miroirs : le Minotaure est toujours face à ses reflets, et, à travers eux, recherche l’autre. Il est évidemment monstrueux, puisqu’il se nourrit de chair humaine, mais ce texte explore sa solitude et la condition misérable de sa condamnation à demeurer face à une version infinie de lui-même.
Comment le projet de travailler avec le comédien Robert Bouvier est-il né ?
J.P. : Par une jolie confluence ! Robert Bouvier avait déjà travaillé sur ce texte de Dürrenmatt, en tant que récitant, avec deux musiciennes. Il en avait parlé avec Omar Porras. Pour ma part, j’ai découvert ce texte lors du spectacle Pour Václav Havel, mis en scène par Omar Porras au Centre Dürrenmatt Neuchâtel, dans lequel je jouais. Nous avions lu beaucoup de textes de Dürrenmatt, et notamment celui-là, très riche en images, que j’avais suggéré désirer monter un jour. Omar Porras nous a mis en relation, et nous avons commencé à travailler ensemble. Je suis très heureuse de ce hasard et de la rencontre avec ce comédien virtuose !
Qui est le Minotaure tel que Robert Bouvier l’incarne ?
J.P. : Il n’est pas ce qu’on imagine du monstre, cornu, hirsute et terrible. Il est étranger à l’humanité car enfermé en lui-même bien davantage que dans le labyrinthe où on le tient prisonnier. Robert Bouvier raconte, se raconte et nous raconte l’histoire à l’aide de figurines en carton qu’il fabrique. Comme un personnage reclus dans sa chambre, son grenier ou son atelier… Si quelqu’un n’a jamais connu le monde et les autres, il devient monstrueux : c’est par là que nous abordons le Minotaure. Comme le dit Dürrenmatt, il est « innocent et coupable à la fois », et quand il croit reconnaître ses semblables, il se met à danser. Pour ce spectacle, je suis entourée d’une équipe que je connais bien et qui a travaillé avec le Teatro Malandro : Fredy Porras, Antoine Joly, Benjamin Tixhon et Julie Raonison, et de nouvelles personnes avec qui je collabore : Mehdi Berdai et Jonas Bühler.
Propos recueillis par Catherine Robert
jeudi à 19h, vendredi à 20h, samedi et dimanche à 17h30.
Tél : +41 21 625 84 29. www.tkm.ch
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