« Fusées » de Jeanne Candel, un extraordinaire voyage théâtral, foutraque et tout en déséquilibre
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Avec sa fable Neolithica, l’auteur et metteur en scène Dominique Ziegler remonte le temps jusqu’à 12000 ans avant notre ère. Il y trouve les origines de tous nos maux actuels.
Vous avez écrit et mis en scène de nombreuses pièces situées dans le passé, telles que Le trip Rousseau (2012), Ombres sur Molière (2015) ou encore Helvetius (2020) sur la politique impérialiste de Jules César. Aborder le Néolithique vous a-t-il demandé un travail similaire ?
Dominique Ziegler : Je n’aurais jamais pensé par moi-même à créer une pièce sur le Néolithique. Je ne connaissais rien à cette période dont 12 000 ans nous séparent lorsqu’il y a quatre ans, le directeur du Théâtre de Carouge Jean Liermer me passe commande d’un spectacle ayant pour cadre une grotte préhistorique. Il m’a fallu beaucoup de temps pour trouver comment faire de la préhistoire un terrain d’exploration de ce qui me touche et me préoccupe : le pouvoir et le politique.
Pourquoi avoir jeté votre dévolu précisément sur le Néolithique ?
D.Z. : Il m’est apparu à travers mes lectures, qui vont du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes de Rousseau aux recherches d’historiens, d’anthropologues et de philosophes contemporains, que les violences et les inégalités de nos sociétés actuelles remontent à cette période.
L’ère néolithique s’étend de 5800 à 2100 ans avant Jésus-Christ. Quel type de traversée proposez-vous de cette vaste période ?
D.Z. : Neolithica est une fable dans laquelle nous suivons l’existence d’un groupe d’humains depuis son installation dans un village, car le Néolithique marque les débuts de la sédentarisation ainsi que du passage du matriarcat au patriarcat. L’évolution de notre petit clan condense les grandes étapes de la révolution que représente le Néolithique pour l’humanité. Sa trajectoire n’est pas sans heurts ni querelles internes, qui montrent que notre destin collectif aurait pu être tout autre.
La représentation de la préhistoire pose d’évidents défis esthétiques. Comment les avez-vous relevés ?
D.Z. : Les personnages de Neolithica sont conformes aux représentations dominantes que l’on a aujourd’hui des hommes préhistoriques. Et le jeu des cinq comédiens est réaliste, mais pas dans le sens tchekhovien du terme. Nos protagonistes sont un peu « bigger than life ». Je souhaite ainsi rendre palpable leur étonnement face à ce qu’ils découvrent et qui va bouleverser leur façon d’habiter le monde. Ils parlent un langage courant, car il était important pour moi que les divers mécanismes du pouvoir qui se mettent alors en place – de l’homme sur la femme, sur la Nature et les animaux… – soient compréhensibles par tous, y compris par les plus jeunes.
Propos recueillis par Anaïs Heluin
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