La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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Jean Boillot

Jean Boillot - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 mai 2011

Ici, on raconte des histoires

Jean Boillot a entamé sa première saison à la tête du CDN de Thionville-Lorraine, en collaboration étroite avec deux artistes, Irène Bonnaud et Nicolas Bonneau, et un dramaturge, Christophe Triau.
« Un nid, voilà ce que doit être un CDN. » Jean Boillot

Pourquoi un dramaturge associé au NEST ?
Jean Boillot : Je trouve que les théoriciens du théâtre sont souvent enfermés dans des logiques universitaires de recherche trop éloignées des plateaux. C’est pourquoi j’ai proposé à Christophe de nous rejoindre à Thionville. Nous cosignons la programmation pour laquelle nous consultons aussi les artistes avec lesquels je partage l’outil théâtral. C’est la création qui est l’architecture de la programmation : nous accueillons les autres spectacles autour de ce cœur palpitant.
 
Dans quel esprit arrivez-vous à la tête de ce CDN ?
J. B. : Je suis issu de la culture des scènes nationales qui travaillent avec le souci permanent du développement des publics. Les CDN ont la réputation de pouvoir se passer du dialogue avec les autres scènes. Il faut se repositionner par rapport à ça : il y a une réflexion à mener sur la circulation des œuvres. A Poitiers, j’ai eu la chance de faire de la programmation. C’est comme ça que j’ai appris le métier. C’est là qu’on a inventé le festival interdisciplinaire Court Toujours !, considérant que le format bref n’est pas une forme mineure mais un geste artistique particulier. Ce festival, que j’ai importé à Thionville, m’a permis de comprendre comment fonctionne une programmation, avec un regard artistique qui crée un dialogue entre les différentes œuvres.
 
Quel est l’outil théâtral dont vous disposez ?
J. B. : Notre unique outil, avant l’ouverture du Théâtre municipal rénové l’an prochain, est le Théâtre en Bois (l’ancienne cabane de l’Odéon). Ce théâtre de plain-pied avec la ville décomplexe le public, notamment les jeunes. Mais nous avons un projet de développement assez ambitieux pour rendre le NEST plus visible et mieux accessible et pour faire en sorte que le théâtre ne soit pas seulement le lieu où on peut voir un poème dramatique ambitieux mais aussi l’occasion d’une sortie, de rencontres avant et après le spectacle, de dialogue autour d’une œuvre d’art. Le but est de rendre le lieu chaleureux et festif, afin que les gens s’y sentent bien, que ce soit leur nid…
 
Le nid : tel est le nom du lieu…
J. B. : J’ai souhaité trouver un nom qui rende justice au projet artistique dans sa dimension d’accueil. NEST, d’abord pour le Nord-Est et aussi parce que cet acronyme signifie nid en allemand et en anglais. Un nid, voilà ce que doit être un CDN : un lieu de conception, de maturation, de formation, d’éducation et d’accueil. NEST est aussi un clin d’œil au public transfrontalier. A Thionville, tout est transfrontalier. C’est à la fois l’essence et l’histoire de cette région. Il s’agit donc de développer des projets qui s’adressent aux Sarrois, aux Luxembourgeois, aux Wallons et pas seulement aux Lorrains. Avec le Théâtre de la Place, à Liège, le Staatstheater de Saarbruck et le Théâtre National du Luxembourg, le NEST fait parti du réseau Total Théâtre, né en 2007. Ensemble, nous faisons en sorte d’accroître la mobilité des publics, des artistes et des personnels de nos maisons. Le dispositif de La Volante va dans le sens de ce désir de créer un théâtre pour la Grande Région.
 
Vous multipliez les projets autour de la problématique transfrontalière…
J. B. : Nous menons une action en direction du public adolescent à travers le projet des Iroquois, qui repose sur un concours transfrontalier d’écriture. Autre initiative transfrontalière : les Grands plateaux, plate-forme de recherche et de création permettant à des équipes internationales de travailler dans la Grande Région pendant quelques semaines. Nous construisons également une programmation pour le festival Contrebande, qui présentera des créations à cheval sur plusieurs pays et prendra la frontière comme sujet dramaturgique. Ce festival est l’occasion d’accueillir du théâtre documentaire, lame de fond du théâtre contemporain et endroit très vivace de la création. « Ici, on raconte des histoires », ai-je fait inscrire sur les murs du NEST…
Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement


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