Et aussi…
Avec L’Histoire du soldat, [...]
Focus -208-TM+, ensemble orchestral de musique d'aujourd'hui
Laurent Cuniot, directeur musical de TM+, et Jonathan Pontier, compositeur, reviennent sur la création de « Symphonie Ville », le 25 avril à Nanterre.
Comment ce projet de Symphonie Ville est-il né ?
Laurent Cuniot : Ce projet découle des actions culturelles que nous développons à Nanterre depuis quinze ans. Pour familiariser le public avec la musique contemporaine, nous avons donné de nombreux concerts-rencontres et même commandé des œuvres à de jeunes compositeurs pour des formations amateurs. Mais nous nous étions jusque-là limités à de petites formes ; avec Symphonie ville, nous allons plus loin. Il y aura sur scène environ soixante-dix musiciens, issus de trois formations amateurs de Nanterre (un atelier de percussions africaines, un steelband, une fanfare) et de TM+ (deux pianos et deux percussions). Des collégiens ont par ailleurs travaillé sur les sons électroniques, et des lycéens sur le dispositif vidéo avec Olivier Garouste.
Jonathan Pontier : Depuis de nombreuses années, je prends un plaisir immense à travailler avec les amateurs. Les compositeurs ne sont pas que des machines à écrire de la musique, ce sont des musiciens ambulants qui doivent faire l’interface entre le vivant et la création. Je ne voulais pas arriver à Nanterre avec un projet en kit, une idée à laquelle les interprètes allaient se soumettre. J’ai préféré mettre en place des laboratoires de création, où les formations amateurs jouent ensemble – ce qui ne leur arrive jamais – et improvisent. Symphonie Ville est le résultat final de ce processus de travail. Je me suis lâché dans la virtuosité d’écriture, c’est une œuvre très rythmique, pulsée.
Pourquoi avoir choisi d’associer cette création à des œuvres de Luciano Berio et Cathy Berberian ?
L.C. : On peut retrouver chez Berio, dont nous donnons les Folksongs, des préoccupations analogues : il a cherché à faire le lien avec les musiques populaires et traditionnelles pour les intégrer dans la musique d’aujourd’hui. Stripsody de Cathy Berberian sera interprété, un clin d’œil qui joue le décalage, avec des sons de comics américains, notamment le fameux cri de tarzan, chanté par une chanteuse lyrique.
Que regard portez-vous globalement aujourd’hui sur la place de la création contemporaine dans la cité ?
L.C. : Un regard positif ! En France, il y a, avec l’aide des pouvoirs publics, une vraie prise de conscience de la nécessité de faire connaître la musique contemporaine au-delà d’un public de fidèles. Alors qu’à l’étranger, je ressens souvent un plus grand conformisme ou une certaine forme de résignation. Espérons que les prochaines années, qui s’annoncent difficiles, ne freinent pas ce dynamisme.
J.P. : Je ne me retrouve pas dans la figure du compositeur solitaire. Dans ce projet à Nanterre, nous avons fait de la musique par, pour et avec les gens. Il y a aussi la question des méthodes : je ne pense pas qu’il faille se limiter à celle de la musique écrite, on peut travailler sur l’oralité, l’informatique. La lecture de notes ne doit pas être une barrière. Enfin, il me semble essentiel de rendre à la musique contemporaine son statut de folie, son rôle de subversion par rapport aux formats commerciaux.
Propos recueillis par Antoine Pecqueur
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