La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -210-Théâtre National de Chaillot

Entretien Andréa Miller ET Alonzo King

Entretien  Andréa Miller ET Alonzo King - Critique sortie Danse Paris Théâtre national de Chaillot
légendes : - photo danse_americaine_1 : La compagnie Gallim Dance dans Wonderland, d'Andrea Miller. Photographie : Yi-Chun Wu - photo danse_americaine_2 : La compagnie Alonzo King Lines Ballet dans Constellation. Photographie : RJ Muna

Wonderland / de Andrea Miller
Constellation / de Alonzo King

Publié le 30 mai 2013 - N° 210

Danse américaine… et universelle

Qu’est-ce que la « danse américaine » aujourd’hui ? Le Théâtre National de Chaillot accueille deux chorégraphes venus des États-Unis : la jeune Andrea Miller, dont l’énergie sauvage s’est imposée sur la scène internationale ; puis Alonzo King, qui depuis trente ans réinvente le vocabulaire classique, avec une puissance à couper le souffle. 

« Chacun de nous a sa part d’Occident, sa part d’Orient. » A. K.

«  Une création qui m’amène encore à des remises en question tant personnelles que politiques. » A. M.

Andrea Miller, vous avez été formée à la tradition de la danse moderne américaine. Cet héritage continue-t-il de vous inspirer ?

Andrea Miller : J’ai eu une formation un peu singulière, enfant et adolescente ; jusqu’à mon entrée à la Juilliard School, je n’ai dansé que des pièces créées entre 1900 et 1950 ! Il a ensuite été pour moi très bizarre – et passionnant – de découvrir d’autres formes de danse. De ma formation aux techniques des grands chorégraphes modernes – Humphrey, Limón, Weidman, Graham – je retiens sans doute moins, aujourd’hui, un vocabulaire de mouvement qu’un intérêt fondamental pour l’humain. C’est peut-être pour cela que mon travail est moins conceptuel que viscéral…

Et de vos années en Israël, où vous avez travaillé au Batsheva Ensemble avec Ohad Naharin, que retenez-vous ?

A. M. : L’immense intérêt de voir un chorégraphe travailler, approfondir l’expérience du mouvement, transformer quotidiennement sa pratique… Et la liberté donnée à chaque artiste, au sein de sa compagnie, de faire ses choix. C’est dans ce cadre que la chorégraphie, qui était déjà une passion pour moi, s’est avérée essentielle.

Que représente Wonderland dans ce parcours ?

A. M. : Cette pièce est inspirée d’une œuvre du plasticien Cai Guoqiang, qui met en scène une meute de loups. Nous travaillons sur l’idée de horde : au sein d’un groupe, nos décisions ne se prennent pas de la même façon, le rapport au bien et au mal est très différent – voire dangereux. C’est une création qui a été brutale, et qui m’amène encore, trois ans après sa création, à des remises en question tant personnelles que politiques : peut-on trouver une façon d’appartenir à une communauté sur un mode constructif ? Où suis-je en tant qu’individu, en tant que membre d’un groupe, en tant qu’Américaine…?

Alonzo King, quels sont les courants de la danse américaine qui vous ont influencé ?

Alonzo King : La « danse américaine »… ! Prenez l’une de ses pionnières : Ruth Saint-Denis. Son travail était-il américain ? Elle a passé sa vie à explorer des traditions orientales ! Avec ce type d’étiquette, on oublie que tous les chorégraphes ont quelque chose en commun. Chacun de nous a sa part d’Occident, sa part d’Orient. J’ai étudié des formes de danse très nombreuses, très variées, mais quelle que soit l’esthétique, si quelque chose est intensément personnel, alors il y a aussi des résonances universelles. Car tout vient de la même source : de l’humain. Chaque artiste tente de voir et de montrer ce qui est invisible, ce qui, derrière les formes, nous renvoie au sens de la vie… Cela concerne chaque être humain. Quand un être humain est profondément impliqué dans ce qu’il fait, sa vie est une œuvre d’art ! Et je crois que cela compte plus que les cultures, les soi-disant différences…

Vous parlez d’universel, et le titre de la pièce que vous allez présenter à Paris résonne avec cette idée : Constellation

A. K. : C’est un projet né de la rencontre avec le plasticien Jim Campbell, qui a consacré une énergie fascinante à l’utilisation de technologies nouvelles, pour explorer le corps, l’image, la lumière. Nous avons également eu la chance de pouvoir travailler avec Maya Lahyani, une chanteuse merveilleuse : je ressens une profonde gratitude pour avoir pu réaliser une création aussi ambitieuse.

La gratitude, est-ce un état important dans votre travail ?

A. K. : Bien sûr. Après des années de pratique, un art n’est pas vivant si l’on ne sait pas s’arrêter, mesurer la chance que l’on a de pouvoir vivre cet art  malgré les obstacles… Un danseur qui danse dans un état de gratitude – ou dans un état d’humilité -, c’est très rare, mais c’est tellement beau. C’est miraculeux.

 

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Marie Chavanieux

A propos de l'événement

Wonderland / Constellation
du jeudi 5 décembre 2013 au samedi 7 décembre 2013
Théâtre national de Chaillot
1 place du Trocadéro, 75016 Paris
Wonderland, du 5 au 7 décembre à 20H30 (15H30 et 20H30 samedi 7 décembre). Constellation, du 11 au 14 décembre à 20H30 (15H30 et 20H30 samedi 14 décembre).

Tél : 01 53 65 30 00. www.theatre-chaillot.fr
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