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Focus -346-Génération Spedidam : Charlotte Planchou, voix intime du jazz, écrit, compose et enchante

Charlotte Planchou, voix intime du jazz, écrit, compose et enchante

Charlotte Planchou, voix intime du jazz, écrit, compose et enchante - Critique sortie  Studio de l’Ermitage
Charlotte Planchou © Alessandro Camillo

SPEDIDAM

Publié le 24 août 2026 - N° 346

Du dépouillement, Charlotte Planchou a fait une force. Elle écrit, compose et enchante. À l’aise sur de nombreux registres, elle a cultivé son don pour le chant par l’art lyrique. Tantôt espiègle, parfois nostalgique, elle ne voit pas la contradiction de chanter l’intime avec une voix puissante. Toujours en recherche de nouveaux textes, maîtrisant plusieurs langues, son timbre nu et sa personnalité originale voilent à peine sa sensibilité romantique.

Tout l’art de Charlotte Planchou réside dans l’interprétation. À ses débuts elle s’est formée au chant lyrique au conservatoire supérieur de Lausanne. Une école exigeante. Là, elle se passionne pour les lieds de Schubert puis participe à l’Opéra éclaté, une structure qui irrigue l’art lyrique sur tous les territoires. Le jazz, elle le découvre en jouant dans la rue avec des copains. « La vie était plus fun dans le jazz, on allait en jam, c’était tout le temps la fête » dit-elle. Elle perçoit alors que ce genre lui permet de creuser des choses passionnantes, en quartet par exemple.  Aussi aime-t-elle les belles partitions, notamment celles de Ferré qui vivait dans le village de ses grands-parents. Elle a retenu aussi ses versions chantées de Baudelaire et d’Aragon. Si elle pratique facilement le scat, elle n’a pas appris l’improvisation dans une école. Ce qui l’intéresse c’est « d’ouvrir les yeux », de ne pas savoir ce qui se passera sur scène. Elle pourrait même identifier sa démarche au free jazz. Ce qu’elle aime, c’est écouter ses partenaires et s’harmoniser, considérant qu’on ne peut pas jouer l’un contre l’autre. Elle confie qu’« ouvrir sa sensibilité, c’est une manière de trouver un chemin commun. Je suis sensible à ce qui se passe sur scène mais aussi dans la salle. C’est une manière de créer dans l’instant. Ça permet de rebattre les cartes à tout moment quand on sent quelque chose » et ajoute que « chercher à ouvrir les capteurs des autres permet d’avoir une expérience commune de sensibilité ».

Un charme émotionnel qui raconte

En ce moment, elle fréquente L’anomalie, lieu artistique créé par le Théâtre de la Suspension, et y peaufine les secrets de l’interprétation. Sensible aux voix pleines, elle est très inspirée par des actrices comme Annie Girardot ou Simone Signoret. Côté chanteuses, son goût se porte sur Nina Simone ou Omara Portuondo. Des femmes entières qui dégagent une puissance et un savoir qui fascinent Charlotte Planchou. Polyglotte, allemande par sa mère, elle choisit ses chansons en fonction d’un événement et du charme émotionnel qu’elles dégagent. En ce moment, elle s’intéresse à la musique géorgienne, qui ne serait pas modale mais tonale. « Je suis sensible à l’engagement et l’esprit d’un artiste. Quand vous êtes chanteuse et que vous travaillez avec des pianistes, vous entendez tout de suite ce qu’ils ont à raconter. C’est le pianiste qui plante le décor » précise-t-elle. Pour son deuxième disque, Le carillon, qui a rencontré un immense succès, le producteur Daniel Yvinec lui a donné l’idée d’un duo. « Nous avons choisi nos chansons autour du thème de l’amour en résonnance avec mes propres questionnements. » Pour ce faire, elle rencontre le pianiste Mark Priore. « Un poète qui n’est pas désenchanté. Parfois, j’ai tendance à l’être. À force de jouer avec lui, mon jeu s’est affiné. C’est un privilège d’avoir été à son contact pendant tous ces concerts, parce que j’ai entendu des soli absolument incroyables. Il est très fin » dit-elle, reconnaissante.

Sublime accordéon

En septembre, elle présentera son nouveau projet avec l’accordéoniste Didier Ithursarry, à l’occasion duquel elle a renouvelé son répertoire. « Des sons inédits viennent de la musique espagnole, du tango, de la musique classique, avec toujours quelques standards ». « L’accordéon porte en lui à la fois des aspects de la mélancolie et du populaire. C’est un instrument qui est très touchant, dont la profondeur n’est pas du tout tapageuse mais naturelle… C’est sublime. Faire des standards avec un accordéoniste, c’est quelque chose de très spécial. Il y a une couleur très fédératrice, une proximité supplémentaire avec le public. C’est un orgue portatif que l’on peut exploiter de manière très moderne. Parfois, j’entends plus de modernité dans l’accordéon que dans des choses électroniques. Avec ici des pédales d’effet sur le duo » conclut-elle. La voir sur scène est toujours une expérience émouvante.

 

Philippe Deneuve

A propos de l'événement

Charlotte Planchou
du jeudi 3 septembre 2026 au jeudi 3 septembre 2026
Studio de l’Ermitage


Le 3 septembre 2026 au studio de l’Ermitage, dans le cadre de Jazz à la Villette.

Le 6 novembre 2026, en duo avec Mark Priore au Moulin de la Filature, Le Blanc (36).

Le 15 mai 2027, Willkommen au Théâtre de l'Usine - Saint-Céré (46).

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