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Focus -294-Le Théâtre Brétigny

Arts, humanités et partages, rencontre avec Sophie Mugnier

Arts, humanités et partages, rencontre avec Sophie Mugnier - Critique sortie  Brétigny-sur-Orge Théâtre Brétigny - Scène conventionnée d’intérêt national
Sophie Mugnier © DR

Entretien

Publié le 21 novembre 2021 - N° 294

À la tête du Théâtre Brétigny, Sophie Mugnier place le territoire au cœur d’un projet qui associe ambition artistique et humanité(s).

Le Théâtre Brétigny est la première scène conventionnée d’intérêt national arts et humanités. Que signifie cette appellation ?

Sophie Mugnier : Pour être précis, notre appellation officielle est scène conventionnée art et création, arts et humanités constituant un sous-titre qui qualifie notre projet. Voici en trois points ce que cela signifie pour nous. La première chose, qui me semble essentielle aujourd’hui, est de réaffirmer la place fragile, irréductible, précieuse de l’art dans la société. La deuxième est d’articuler aux contenus artistiques ceux extra artistiques, entendus comme des contenus sociétaux, philosophiques, politiques. La troisième est de prendre soin de la diversité des êtres humains, qu’il s’agisse des artistes ou des publics. On touche là aux notions d’hospitalité, de générosité, de simplicité, à la façon dont nous accueillons les personnes au sein de notre projet.

« Pour nous le territoire est un acteur fondamental, nous agissons pour lui et avec lui. »

Comment ceci se traduit-il dans votre programmation ?

S.M. : Nous proposons non pas une consommation de spectacles mais un trajet dans une saison qui est conçue comme une histoire, comme un ensemble de récits autour de thématiques mettant en écho différents propos artistiques et regroupant une multiplicité de formes. Nous aimons faire des pingpongs entre œuvres chorégraphiques, théâtrales, théâtre d’objets, formes paysagères etc., aimons interroger notre manière d’être au monde. De Mohamed El khatib à Frédéric Sonntag ou à François Chaignaud, notre palette est large. Il est étonnant de voir comment, quand on développe une thématique comme « Le vent se lève », on arrive à faire voyager les publics, à tirer des fils d’une œuvre à une autre. Outre ce trajet, nous proposons des expériences que nous construisons avec les artistes en lien direct avec leurs œuvres. Cela peut être passer une nuit à dormir en haut des arbres, participer à un stage de survie en pleine forêt, à un stage de permaculture ou à des repas scénographiés. Notre volonté est que chacun puisse se frayer son chemin dans l’histoire que nous racontons.

Quelles sont les particularités de votre territoire et de quelle manière l’investissez-vous ?

S.M. : Pour nous le territoire est un acteur fondamental, nous agissons pour lui et avec lui. À l’échelle micro-locale, notre premier territoire est notre établissement qui est un lieu partagé avec nos amis du Centre d’art contemporain dirigé par Céline Poulin, avec lequel nous développons des collaborations vraiment fructueuses. Si je prends un prisme un peu plus large, notre territoire de référence est Cœur d’Essonne qui regroupe 200 000 habitants. Je tiens d’ailleurs à remercier la confiance et le soutien de ses élus, très engagés et sans lesquels nous ne sommes rien. Ce territoire est présent dans notre projet de plusieurs manières. D’abord, 50 % de notre programmation se fait hors les murs, notre saison s’appelle Dedans Dehors et ce n’est pas une formule ! Cela peut être dans des espaces scéniques d’une autre typologie que la nôtre, ce qui nous permet par exemple de programmer des formes très intimistes qui se perdraient sur notre grand plateau, ou dans des lieux non dédiés comme une chocolaterie, une piscine, ou une forêt, toujours choisis évidemment à partir du contenu et du langage que proposent les artistes. Ensuite, le territoire s’invite aussi au plateau en inspirant les commandes que nous faisons à nos artistes associés.

Quels sont ces projets que vous confiez à vos artistes associés ?

S.M. : Nos artistes associés sont des artistes qui acceptent d’inventer avec nous des modalités de partage de l’acte de création puisque nous les invitons toujours pour des commandes liées au territoire. Pour La beauté du geste, qui est notre mini festival de création, nous confions la codirection à un artiste – Vincent Thomasset cette année – et lui demandons de concevoir une soirée complète à partir de gestes d’habitants que nous sommes allés filmer, documenter. Nous passons aussi des commandes de co-création, qui sont pensées avec la participation sur scène d’habitants. Ce fut le cas notamment pour Mickaël Phelippeau dont la pièce Footballeuses est née à Brétigny, de la rencontre que nous avions organisée avec un club de foot féminin de l’Essonne. Cette saison, c’est Elsa Granat qui va prendre en charge ce travail avec le spectacle Artificielles que nous espérons emmener à Avignon. Et puis nous aurons aussi Lionel Hoche qui proposera une création chorégraphique in situ intitulée Le(s)gen(s)de au domaine de Chamarande avec la participation, là aussi, de professionnels et non professionnels.

 

Propos recueillis par Delphine Baffour

A propos de l'événement

Arts, humanités et partages, rencontre avec Sophie Mugnier
Théâtre Brétigny - Scène conventionnée d’intérêt national
rue Henri Douard, 91220 Brétigny-sur-Orge.

Tél : 01 60 85 20 85.


theatre-bretigny.fr


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