La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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Alvis Hermanis

Alvis Hermanis - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Leonard Zubler Légende : « Väter : trois fils qui reviennent sur l’histoire de leurs pères. »

Publié le 10 janvier 2009

Etre fils aujourd’hui…

L’un est Letton, fils de comédien ; l’autre, Allemand, fils de policier ; le troisième, Russe, fils d’un homme aux multiples métiers et familles. Tous trois parlent de leurs pères, jusqu’à se fondre dans leurs traits. Figure majeure du nouveau théâtre letton, Alvis Hermanis sonde la complexité des relations père-fils dans une pièce magistralement interprétée.

Comment est né ce projet ?
Alvis Hermanis : L’idée a cheminé après la lecture d’un ouvrage écrit, dans les années 1920, par Nikolai Evreinov, ouvrage qui montre que jouer relève de l’instinct, tout comme manger ou dormir. La mimétique est un réflexe humain. Du reste, les enfants apprennent ainsi, en copiant leurs parents. J’ai voulu expérimenter sur scène ce postulat avec trois acteurs en pleine maturité qui raconteraient l’histoire de leurs vrais pères et, peu à peu, grâce à la magie de maquillages très sophistiqués, se transformeraient et deviendraient leurs propres pères.
 
Dans Long Life ou The Sound of silence, vous évoquiez déjà la vieillesse, la relation entre les générations. Cette question vous semble-t-elle cruciale ?
A. H. : Le théâtre me donne un outil pour explorer les mémoires collectives et intimes. Toutes mes pièces renvoient à ce rapport au passé. Non dans une visée politique de critique sociale, mais pour en partager la charge émotionnelle. Ce qui est ancien dégage une aura affective, une énergie et des histoires qui m’intéressent beaucoup. En fait, j’appartiens au siècle dernier. Le XXIème siècle m’ennuie.
 
« Le théâtre me donne un outil pour explorer les mémoires collectives et intimes. »
 
Quel registre de jeu adoptez-vous dans Väter ?
A. H. : La pièce s’inspire de la démarche des peintres hyperréalistes américains. D’ailleurs, nous manipulons quelque quarante portraits réalistes des trois pères durant le spectacle. Reproduire exactement la réalité constitue un grand défi pour un artiste, car il doit museler son ego, son rêve et se faire simple miroir. C’est ce que nous avons fait. Nous ne jugeons pas la génération de nos parents, nous essayons de comprendre. Les relations entre père et fils demeurent fréquemment un mystère. Souvent, la tendresse reste cachée, comme si les uns et les autres craignaient d’exprimer leurs sentiments. Peut-être est-ce cette peur que décrit si justement Marcel Proust dans A la recherche du temps perdu
 
Votre esthétique varie radicalement d’une création à l’autre. Une nécessité ?
A. H. : Oui, pour rester dans l’incertitude, tenter ce que je n’ai encore jamais fait, ne pas me singer moi-même. Sinon, l’artiste crée une marque et utilise l’art comme un projet commercial. Non ?
 
Entretien réalisé par Gwénola David


Väter (Pères, spectacle en allemand surtitré), conception et mise en scène d’Alvis Hermanis. Les 24 et 25 janvier.

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