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Focus -346-« A Jamarican In Paris », Monty Alexander signe un recueil aux confins du jazz et de la musique jamaïcaine

« A Jamarican In Paris », Monty Alexander signe un recueil aux confins du jazz et de la musique jamaïcaine

« A Jamarican In Paris », Monty Alexander signe un recueil aux confins du jazz et de la musique jamaïcaine - Critique sortie
Monty Alexander signe un retour de main de maître avec A Jamarican In Paris. © Jean-Baptiste Millot

Publié le 24 août 2026 - N° 346

Le pianiste Monty Alexander persiste dans sa troisième voie, en signant un recueil aux confins du jazz et de la musique jamaïcaine. Soit A Jamarican In Paris.

Un Jamaïcain à Paris. Il est des titres explicites, et dans le cas de ce nouvel album de Monty Alexander, tout est inscrit sur la couverture. Le pianiste y célèbre son lien maintes fois renouvelé avec la capitale française, une ville où il foulé tant de scènes, en qualité de sideman comme en position de leader, version reggae comme versant jazz. Et en 2026, le natif de Kingston, qui célébrait voici deux ans le D-Day et son quatre-vingtième anniversaire dans un enregistrement composé de standards et de ses propres écrits, choisit une nouvelle fois de cultiver son don d’ubiquité. Soit une dualité où il conjugue les influences de sa terre natale et les références à la musique étasunienne, lui qui a fait des noires et ivoire son terrain de jeu depuis tout gamin, intégrant dès l’adolescence les plus grands studios jamaïcains auprès d’historiques producteurs, Duke Reid et Clement Coxsone Dodd en tête de liste. C’est le même qui, après avoir participé à la fondation du ska au tournant des années 1960, jouera pour Frank Sinatra alors qu’il n’a pas vingt ans. Monty Alexander, un sourire qui en dit long sur ses intentions, immenses, fera bientôt du trio sa formule magique, à l’instar de celui qui demeure sa référence majeure : Nat King Cole, qu’il découvrit en 1953 au Carib Theater de Kingston. « Pour nous, à la maison, Nat Cole représentait la voix de l’Amérique. »

Blue note et blue beat

Depuis soixante ans, Monty Alexander s’est illustré sur les deux rives de son identité musicale : auprès du gotha de la blue note (Quincy Jones, Ray Brown, Sonny Rollins…) mais aussi avec le gratin des blue beats (Sly & Robbie, Ernest Ranglin, les Skatalites…). « J’adore la Jamaïque. J’adore l’Amérique. Et je les adore ensemble, encore plus que séparés. J’habite l’univers rythmique de chacun d’entre eux. Je ne pourrais pas vous en expliquer la raison. Ça me vient naturellement, joyeusement. Je suis fier et confiant, et j’ai le privilège de pouvoir affirmer venir d’un monde multi-culturel et multi-ethnique », résumait-il voici quelques années. Cette idée prend une nouvelle fois tout son sens avec cet album, enregistré en décembre 2025 au studio Sextan, tout juste de l’autre côté du périphérique. À ses côtés, un trio complice : le batteur Jason Brown et le contrebassiste Luke Sellick, une paire de complémentaires à laquelle il adjoint le percussionniste Bobby Thomas Jr., un compère de longue date.

Marcus Garvey et Miles Davis

Trois jours durant, jalonnés de longues séances improvisées, ils refont à leur singulière manière les multiples voies empruntées par cet autodidacte devenu l’auteur d’un vaste répertoire. Blues et ska, gospel et reggae, bebop et calypso y ont droit de cité, tous remis en sons par sa science du clavier, un bon sens unique de la mélodie et des harmoniques sans interdit, le tout relevé par une culture du swing qui peut muter en groove. Peu importe les mots, pourvu qu’on ait l’ivresse des notes. Et dès le premier titre, justement baptisé du nom du visionnaire précurseur du panafricanisme, Marcus Garvey, Monty Alexander met en exergue cette double culture afro-diasporique, en citant abondamment le So What de Miles Davis, qu’il rencontra dès son arrivée à New York en 1963 et dont il honore plus tard la mémoire, avec Sketches of Aranjuez. « Miles Davis est une figure emblématique, tout comme Marcus Garvey, le philosophe et émancipateur originaire de ma terre natale. »

Chanson haïtienne et hymne soul

Le diapason est posé. Ce sera ce sillon que suivront les onze autres titres, cheminant dans les méandres d’une vie entre deux ports d’attache. Emblématique, Skamento salue les racines de son ADN musical en y insérant un phrasé plus jazz, pas moins joyeux. Et que dire de la reprise de You Make Me Feel Brand New, typique love song des Stylistics qui rappelle que le jazz fait partie de ce que l’on nomme depuis belle lurette the Great Black Music. Voilà pourquoi il salue avec Yellow Bird l’un de ses maîtres à jouer, Ahmad Jamal, en réhaussant une chanson haïtienne par les rythmiques développées sur Poinciana par le pionnier de Pittsburgh. « Il utilisait ce motif rythmique typique de La Nouvelle-Orléans qui, pour moi, faisait le lien avec la Jamaïque. » C’est dans le même esprit « jazz » qu’il parcourt l’un des classiques ultimes de la musique de l’âme, la soul : What’s Going On de Marvin Gaye, une chanson qui en appelait aux consciences en pleine guerre du Vietnam et qui ne manque pas de faire écho à l’état du monde. Prions qu’on l’entende.

Jacques Denis

A propos de l'événement

A Jamarican In Paris


Monty Alexander A Jamarican in Paris (PeeWee!)

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