La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Classique / Opéra - Critique

Ezequiel Spucches signe Le Carnaval des animaux sud-américains

Ezequiel Spucches signe Le Carnaval des animaux sud-américains - Critique sortie Classique / Opéra
Elliot Jenicot et l’ensemble Almaviva dans Le Carnaval des animaux sud-américains. © Christophe Dellière

CRITIQUE / THÉÂTRE MUSICAL

Publié le 29 janvier 2020 - N° 284

Enthousiasmant, ce conte fantaisiste et inventif, porté avec brio par l’Ensemble Almaviva et l’acteur Elliot Jenicot, vient de recevoir le label « Scène Sacem jeune public ».

Raconter, donner à entendre et, surtout, émerveiller. Cette triple ambition, que doit se donner un conte musical qui entend s’adresser au jeune public, a tout d’une gageure ; elle requiert une savante alchimie entre les mots, la musique et leur interprétation. Le Carnaval des animaux sud-américains, création originale de l’ensemble Almaviva, est en cela une réussite exemplaire. Car il ne suffit pas de recourir à un bestiaire fantaisiste pour gagner l’attention d’un public d’enfants – un public difficile : tout à fait disposé à suspendre l’incrédulité, il ne tolère en revanche aucune faiblesse dans le récit. La trame narrative du conte, spécialement écrit par Carl Norac, maître belge de la littérature jeunesse, est assez simple : un enfant, qui a le don de comprendre le langage des animaux, se voit confier par un condor la mission de parcourir le continent pour recueillir « les joies et les blessures » de sa faune et d’inviter tout ce petit monde à un grand carnaval à Rio. Les enfants pourront ainsi retrouver, comme dans un imagier, le toucan et le lama, le serpent, le tatou ou le capybara… Mais les animaux – et là, Carl Norac se fait malicieux fabuliste – ont aussi beaucoup à dire sur l’histoire du « Nouveau Monde », la domestication des animaux comme la domination des hommes, quand ce n’est pas l’extinction des uns, des autres ou de leurs milieux qui est en jeu. Tout cela, Carl Norac l’écrit d’une langue inventive, joueuse, joyeuse : le tatou dit tout en tautogramme, les mots chez les nandous se précipitent…

 

La musique prolonge les mots du conteur

 

Elliot Jenicot porte le texte avec tout son corps. Il est l’enfant qui écoute, recueille et invite ; il est aussi tous ces animaux. Un regard, un coup de griffes suffit à peindre la puissance sans vergogne du jaguar, une simple ondulation fait apparaître le dauphin rose comme surgi des légendes de l’Amazone. La musique prolonge avec force les mots du conteur et le jeu du comédien ; elle dessine elle aussi ces tableaux vivants, qu’elle rend tout à la fois familiers et exotiques. Elle ne se refuse pas la fantaisie de l’imitation, mais la fantaisie n’est pas ici facilité : elle est une porte ouverte sur un vrai discours musical. Avec les trois musiciens qui l’accompagnent sur scène – Monica Taragano aux flûtes (de la flûte de pan à la traversière), Johanne Mathaly au violoncelle, Maxime Echardour aux percussions – le compositeur Ezequiel Spucches, fondateur et directeur artistique de l’ensemble Almaviva, lui-même au piano, font vivre une partition qui, tout en se référant aux musiques latines, embrasse modes de jeu et sonorités du moderne xxe siècle – sans oublier le clin d’œil du cygne noir à Saint-Saëns. Ajoutons que les musiciens ont pleinement leur rôle dans la réussite de la mise en scène sans temps mort de Linda Blanchet : la scène des oiseaux de la volière, quand la musique des musiciens/oiseaux captifs fait s’ouvrir les barreaux, est d’une simplicité symbolique magnifique.

 

Jean-Guillaume Lebrun

 

Spectacle vu au Théâtre Dunois le 14 janvier 2020.

 

A propos de l'événement

Le Carnaval des animaux sud-américains


Reprise à La Courée à Collégien (77) le 22 mars à 15h, au Sud-Est Théâtre à Villeneuve-Saint-Georges (94) le 16 octobre à 20h30, à l’Espace Jean Vilar de Marly-Le-Roi (78) le 12/12/2020 à 16h, à la Cité de la musique/Philharmonie de Paris (75) le 10 avril (à 15h) et 11 avril 2021 (à 11h).


Tournée prévue à La Seine musicale à Boulogne-Billancourt, Le SEL à Sèvres, Les Trois Pierrots à Saint-Cloud, Maison de la Musique de Nanterre, Salle Odile et Gilles Prinçay à Valenton, Le Sax à Achères, au Festival de Marne...


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