La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Etienne Pommeret

Etienne Pommeret - Critique sortie Théâtre
© Hervé Bellamy

Publié le 10 novembre 2010

Peter Handke, une conscience amplifiée

Grand admirateur de l’écriture de Peter Handke, Etienne Pommeret met en scène Bienvenue au Conseil d’administration, un écho subversif et profond à la crise actuelle, mettant à jour de façon extraordinaire la conscience de soi en ce monde. Le spectateur devient témoin et acteur de l’expérience vécue.

Qu’admirez-vous dans l’écriture de Peter Handke ? En quoi cette écriture vous hante-t-elle ?
 
Etienne Pommeret : Ce que j’aime dans cette écriture c’est sa liberté, c’est une écriture qui rend libre, qui enlève la peur, qui donne confiance aux intuitions du lecteur, une écriture qui brise toutes sortes de tabous et rend au lecteur sa part de complexité. En effet chaque moment important de  la vie est composée d’une infinité de sensations, de perceptions qui s’entrechoquent pour créer une pensée singulière, une conscience amplifiée. Cette écriture me hante parce qu’elle dégage des horizons infinis, un voyage intérieur s’ouvre sur le monde, sur les autres, sur le regard apeuré d’un enfant. C’est une écriture pleine et fluide qui s’inscrit dans l’imaginaire du lecteur.
 
 “Une écriture qui brise toutes sortes de tabous et qui rend au lecteur sa part de complexité.”
  
Cette écriture vous paraît-elle particulièrement adaptée à une incarnation dans l’espace ?
 
E. P. : L’écriture dramatique pose cette  question  à l’acteur : comment dire, comment jouer cette parole sans tomber dans les travers du jeu naturaliste, réaliste ? C’est une écriture du corps, de la didascalie. Quand l’acteur ne dit rien, qu’il lève le bras  et qu’il détourne la tête, que dit -il ? Les réponses sont ouvertes… Pour cette mise en scène, je  travaille d’abord sur la nudité de la salle, de cet espace vide où seules des dizaines de chaises seraient en cours d’installation, reprenant le rapport décrit dans la nouvelle : un administrateur prépare la salle où sont conviés les spectateurs. Mais le spectateur ressentira comme un trouble. Tout ne marche pas comme il se doit, un incident est probable, voire imminent. L’accumulation de ces incidents transformera le rire du spectateur et le mettra au bord d’un danger quasi imperceptible… Pour créer ce spectacle, je me suis entouré  d’une équipe que je connais bien  : Jean Pierre Larroche comme scénographe, Jean Yves Courcoux à la lumière, Valérie Bajcsa au son, Cidalia da Cotsa au costume, Alexandros Markéas et Héléne Schwartz à la musique, et bien sûr Marc Ernotte au jeu.
 
Pourquoi avoir choisi de monter Bienvenue au Conseil d’administration, écrit en 1967 ? De quelle façon résonne-t-il aujourd’hui ?
  
 
E. P. : Après avoir mis en scène Dors mon petit enfant, Vivre dans le secret et Kant de Jon Fosse, je désirais travailler sur des textes  qui présenteraient notre société actuelle et les crises dans lesquelles nous sommes engluées. Bienvenue au Conseil d ‘administration fait écho à notre situation de crise aiguë. Comment représenter cette résonance d’événements historiques dans une parole poétique ? Peter Handke a écrit un texte subversif, et il met en scène le spectateur qui se retrouve, le temps de la représentation, à attendre le bilan financier d’une société occidentale dont il est actionnaire,  et  bien sûr  les  dividendes qui en résultent. Le vent s’est levé, il neige, les charpentes bruissent de plus en plus, la tempête est imminente, la catastrophe aussi… Dans l’écriture de Peter Handke le lecteur se retrouve souvent dans un espace mental constitué de multiples informations qui se télescopent. Ce qui est extraordinaire chez cet auteur c’est  sa faculté à décrire la conscience de soi dans le monde que nous traversons. Nous sommes en même temps le témoin et l’acteur de la vie que nous partageons. Le spectateur est au centre du monde…
 
Propos recueillis par Agnès Santi


Bienvenue au Conseil d ‘administration de Peter Handke, traduction G.-A. Goldschmidt, mise en scène Etienne Pommeret, du 18 au 28 novembre, lundi, mardi, jeudi, vendredi à 20h30, samedi à 17h et 20h30, dimanche à 17h, relâche mercredi, au Théâtre des Déchargeurs, 59 av du Général de Gaulle, 93 Bagnolet. Tél : 01 43 62 71 20.

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