Théâtre - Critique

Espía a una mujer que se mata

Crédit photo : Panta-théâtre Légende photo : La troupe du Panta-théâtre excelle dans Espía a una mujer que se mata.

Théâtre de l’Épée de Bois / de Daniel Veronese / mes Guy Delamotte

Guy Delamotte met en scène le texte de Daniel Veronese, librement adapté d’Oncle Vania et émaillé d’extraits des Bonnes : une remarquable illustration des contradictions de l’âme humaine et des paradoxes du théâtre.

Un décor posé en biais au milieu de la scène et des coulisses à vue, laissant apparaître le hors-champ des intrigues relationnelles qui explosent sur scène mais couvent et se fomentent en amont : la scénographie suggère l’état critique dans lequel se trouve la famille de Serebriakov (impérial Philippe Mercier). Le professeur séjourne dans la maison du domaine que font prospérer sa fille et le frère de sa première femme, pour réussir à lui envoyer régulièrement l’argent qu’il dépense en ville, sans se soucier d’avoir à gagner sa vie. Tout semble aller pour le mieux : Serebriakov, en visite avec sa trop jolie femme (émouvante Véro Dahuron, tout au déséquilibre d’une séduction refoulée), reçoit les hommages d’une campagne admirative, qui ne connaît que trop bien le prix de la légèreté urbaine, puisque c’est son travail qui la finance.

Le théâtre et la vie

Entre Serebriakov et Vania, mais aussi entre Elena Andreievna et Sonia (vibrante et magnifique Marion Lubat) se jouent les tumultueuses rivalités de la lutte des classes, que Daniel Veronese explicite magistralement en insérant des extraits des Bonnes dans le texte qu’il réécrit à partir d’Oncle Vania. Si Serebriakov sait bien que la vie n’est que théâtre, et que la mort elle-même est légère pour ceux qui l’apprivoisent en la jouant, Vania (intense François Frapier) sait mieux que lui, dans sa chair fatiguée avant l’âge, que la frustration tue mieux que le temps, comme Sonia sait qu’il est pire d’être jeune et laide que belle au bras d’un vieillard… Les comédiens réunis par Guy Delamotte explicitent ces contradictions douloureuses avec un talent éblouissant. Martine Bertrand, Alain D’Haeyer, David Jeanne-Comello interprètent leurs personnages avec ce même souci de montrer tout sans trop en faire. Quelle est la part du théâtre dans la vie, si on se démaquille quand partent les visiteurs et qu’on reprend les comptes quand les péroraisons des intellectuels sont terminées ? Y a-t-il quelque chose de véritablement sérieux dans le sérieux retrouvé après la fête ? La représentation est-elle jamais terminée, même quand les acteurs cessent apparemment de jouer ? Quand on assiste à une pièce où ils jouent avec une telle aisance des codes de leur art, on se laisse prendre au vertigineux plaisir d’en douter, au point de se demander – et tout Tchekhov est là – si c’est la vie ou le théâtre qu’on a vu…

 

Catherine Robert

A propos de l'événement

Espía a una mujer que se mata
du Lundi 24 octobre 2016 au Mercredi 23 novembre 2016
Théâtre de l'Epée de bois
Route du Champ de Manoeuvre, 75012 Paris, France

Théâtre de l’Épée de Bois, La Cartoucherie, route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris. Du 24 octobre au 23 novembre 2016. Du lundi au mercredi à 20h30. Tél. : 01 48 08 39 74. Durée : 1h30. Spectacle vu au Panta-théâtre, à Caen.


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