La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

En attendant Godot / Fin de partie

En attendant Godot / Fin de partie - Critique sortie Théâtre Paris Athénée-Théâtre Louis-Jouvet
Crédit Photo : Philippe Delacroix Légende : « Estragon (Thierry Bosc) et Vladimir (Gilles Arbona) dans En attendant Godot par Bernard Levy. »

Athénée, Théâtre-Louis Jouvet / de Samuel Beckett / mes Bernard Lévy

Publié le 25 janvier 2013 - N° 206

Bernard Lévy revient au répertoire de Beckett avec En attendant Godot (1952) et Fin de partie (1957) pour un duo calé de comédiens, Gilles Arbona et Thierry Bosc. La mort prophétisée est sublimée dans la cadence du verbe poétique.

Bernard Lévy est un familier du théâtre de Beckett, théâtre de l’absence ou de l’incapacité humaine à toute présence. Pour le Prix Nobel, l’homme est incapable d’assumer sa solitude comme de partager le moindre lien avec l’autre. D’emblée, la vie semble peu appréciée, un accident de parcours biologique, une erreur de la destinée, un chemin de croix définitif que chacun doit parcourir jusqu’au bout : « Mais réfléchissez, réfléchissez, vous êtes sur terre, c’est sans remède ! » Les mots de Beckett ne trompent pas et percutent le mur de la douleur ultime. « As-tu jamais eu un instant de bonheur ? », demande Hamm à Clov (Fin de partie) qui répond : « Pas à ma connaissance. » Heureusement, la parole existe et les mots servent de planche de salut au sentiment vertigineux du vide. Heureusement, le théâtre existe et le personnage profère des paroles qui lui échappent, preuve de l’énergie de son désir. Efficaces, les échanges verbaux dessinent une durée pure de temps qui passe. D’où l’importance d’être deux –  les clowns Vladimir et Estragon, Pozzo et Lucky d’En attendant Godot, et les figures tristes de Clov et Hamm, de Nagg et Nell de Fin de partie – pour le plaisir de converser et s’extraire de l’ennui qui assaille. Le temps est la toile de fond de la vie, une puissance d’effacement impressionnante, une force d’absence, d’oubli et de vieillissement : « Qu’est-ce qu’il y a à reconnaître ? J’ai tiré ma roulure de vie au milieu des sables ! Et tu veux que j’y voie des nuances ! ».  Qu’on ne parle plus de paysages, mais de sous-sol, même si Estragon a su regarder la nature alentour. Et quand la mémoire fait défaut, Vladimir rétorque : « Pourtant nous avons été ensemble dans le Vaucluse, j’en mettrais ma main au feu. »

Un espace intérieur enserré dans le vaste monde

La figure beckettienne est acculée à la quête du passé et du temps évanoui, à l’intérieur d’une conscience humaine à laquelle on n’échappe pas, comme si la vie fuyait droit devant soi sans qu’on ne puisse la saisir : « Vous n’avez pas fini de m’empoisonner avec vos histoires de temps ? C’est insensé ! Quand ! Quand !… Elles accouchent à cheval sur une tombe, le jour brille un instant, puis c’est la nuit à nouveau. En avant ! », dit Pozzo, bourreau qui tire la corde de sa victime Lucky. Les deux mises en scène de Bernard Lévy servent avec justesse l’œuvre du grand Sam, à travers le brio maîtrisé d’acteurs confirmés, Gilles Arbona, Thierry Bosc, Garlan Le Martelot, Annie Perret, Georges Ser, Patrick Zimmermann. La pièce En attendant Godot répète en deux temps l’attente vaine de deux laissés-pour-compte, revenus de tout, à l’affût du moindre événement qui puisse les divertir, comme l’arrivée de deux autres complices dont on ne sait lequel martyrise l’autre. Le chemin de passage est tracé sous un arbre étique, et les paroles sonnent vertigineusement dans l’abîme du néant. En comparaison, la pièce Fin de partie est perçue comme davantage tonique et porteuse d’une espérance revivifiée, diffusant une lumière et un humour latents. Hamm (Thierry Bosc), aveugle et assis sur siège roulant, affronte en le tyrannisant Clov (Gilles Arbona), soumis ; ses vieux parents culs-de-jatte sont enfermés dans deux poubelles, une métaphore de la vie. La scène est un espace intérieur enserré dans le vaste monde déserté par les hommes. Or, la vie et l’espoir prétendument perdus sont restitués, comme le retour attendu de la vague fracassante sur le sable.

Véronique Hotte

A propos de l'événement

Fin de partie
du Jeudi 7 février 2013 au Samedi 16 février 2013
Athénée-Théâtre Louis-Jouvet
Square de l’Opéra Louis-Jouvet 7, rue Boudreau 75009 Paris.
En attendant Godot Du 18 au 27 janvier 2013, vendredi 18 et samedi 19 janvier à 20h, dimanche 20 à 16h, mardi 22 à 19h, mercredi 23, jeudi 24 et vendredi 25 à 20h, samedi 26 à 15h et 20h, dimanche 27 à 16h. Fin de partie Du 7 au 16 février 2013, jeudi 7, vendredi 8 et samedi 9 févier à 20h, dimanche 10 à 16h, mardi 12 à 19h, mercredi 13, jeudi 14 et vendredi 15 à 20h, samedi 16 à 15h et 20h. Tél : 01 53 05 19 19
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