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La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Entretien Stéphane Valensi
Murray Schisgal : le mystère de l’identité entre soi et les autres

Vingtième anniversaire du festival africain en Seine-Saint-Denis.

Publié le 10 mars 2007 - N° 146

Le Vieux Juif. Les Marchands ambulants. 74 Georgia Avenue.
Pour sa première mise en scène, Stéphane Valensi interroge « le problème de
la continuité et de la discontinuité de l’héritage culturel
 » en composant
« un triptyque sur les migrations urbaines et le mystère de l’identité ».


Les textes de Murray Schisgal sont parfois assez déconsidérés, en France.
Comment expliquez-vous ce manque d’intérêt de la part d’une partie du public ?

Stéphane Valensi : Je crois qu’ils désarçonnent beaucoup les Français.
Car ces textes naviguent entre plusieurs genres, plusieurs styles, entre une
forme de comédie pouvant apparaître comme boulevardière et une noirceur ouvrant
la porte à une grande acuité, mais que certaines mises en scène n?investissent
pas totalement. Souvent, on ne sait donc pas trop dans quelle case classer les
pièces de Schisgal, à quel type de public les adresser. Pour ma part, je me sens
des affinités très intimes avec la forme d’entre-deux extrêmement subtil
qu’elles révèlent. Cette écriture me touche énormément.

Qu?est-ce qui vous lie aussi intimement à elle ?

S. V. : D’abord son humour très particulier, que l’on range parfois
derrière le terme un peu fourre-tout d’humour juif new-yorkais, qui rejoint en
fait une sorte d’ironie très piquante, de distance mêlée à un grand appétit de
vie, à une grande gaieté. Et puis, la façon qu’elle a ? comme positionnée entre
Tchekhov et Beckett ? de porter un regard sans concession sur le tragique de
l’existence, de se dégager de toute forme de sérieux pour parvenir à toucher aux
endroits les plus aigus, les plus profonds et les plus douloureux de la
condition humaine.

« L’identité ne doit pas être un trésor fermé sur lui-même. »

Les trois pièces que vous créez traitent, à travers le prisme de la culture
juive, du mystère d’être soi. A quel endroit creusent-elles cette
problématique ?

S. V. : A l’endroit de personnages qui sont amenés à rebâtir ou
reconsidérer leur vie et leur identité, à se demander ce que c’est qu’être soi,
ce que c’est qu’être l’autre, à faire l’expérience de la connaissance de soi par
le biais de la rencontre de l’autre. Tout cela en traversant les questions de
l’oubli, de la mémoire, de la transmission, de l’identité juive que j’ai
d’ailleurs souhaité envisager de façon très universelle.

Cela pour échapper à l’idée de communautarisme ?

S. V. : Exactement. J’aimerais que toutes les personnes qui ont été un
jour confrontées à l’exil, à l’immigration, ou qui ont été amenées à y
réfléchir, qu’elles soient juives ou non, puissent trouver des échos personnels
dans ce spectacle. J’ai donc essayé de ne pas user de codes hermétiquement
communautaires, d’éviter les passages obligés du folklore juif et des idées
reçues. Car pour moi, ce qui fait la force du judaïsme, c’est autant l’oubli que
la mémoire ou la transmission. L’identité ne doit pas être un trésor fermé sur
lui-même. C’est justement en ouvrant grand les portes sur l’autre, sur le monde,
que l’on a le plus de chance de renforcer et de toujours régénérer ce trésor-là.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

74 Georgia Avenue précédé de Les Marchands ambulants et Le
Vieux Juif
, de Murray Schisgal ; mise en scène et traduction de Stéphane
Valensi. Du 19 mars au 15 avril 2007. Du mercredi au samedi à 20h45, le mardi à
19h45, le dimanche à 16h15. Relâche le lundi sauf le 19 mars, relâche
exceptionnelle le 20 mars. Théâtre Gérard-Philipe ? Centre dramatique national
de Saint-Denis, 59, boulevard Jules Guesde, 93207 Saint-Denis. Réservations au
01 48 13 70 00.

 

A propos de l'événement



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