La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

Du Désir d’horizons

Du Désir d’horizons - Critique sortie Danse Paris Le CENTQUATRE avec le Théâtre de la Ville
© Stéphane Maisonneuve Du Désir d’horizons de Salia Sanou.

Le CENTQUATRE avec le Théâtre de la Ville / chor. Salia Sanou

Une création coup de poing née dans les camps de réfugiés qui ne mâche ni ses mots, ni ses gestes.

Du Désir d’horizons, de Salia Sanou, est inspiré par des ateliers de danse menés dans les camps de réfugiés du Burundi et du Burkina Faso dans le cadre du projet « Refugees on the move », initié par la fondation African Artists for Development, en partenariat avec le Haut-Commissariat aux réfugiés. Du Désir d’Horizons nous parle de ces populations déplacées, parquées, oubliées parfois, dans ces lieux sans noms, où l’espoir est synonyme de départ. Les gestes sont donc ceux de la perte et de l’attente, du désir d’horizons. L’exil, ici, est interrogé depuis le camp de réfugiés, matérialisé par des lits de camps, d’abord empilés puis étalés sur le plateau, objets aussi emblématiques que plastiques, dont l’accumulation est une formidable idée scénographique, tout comme le final confié aux mobylettes, moyen de transport africain par excellence.

Une réflexion sur la solitude et l’altérité

La danse est magnifique, sinueuse, forte, profondément originale, avec un vocabulaire qui mêle brillamment à la danse contemporaine des accents venus d’ailleurs, que ce soit d’Afrique, de la vie quotidienne, ou d’une Méditerranée rêvée, désirée, comme ce sirtaki venu d’on ne sait où. Mais peu importe. Ce qui frappe, dans la pièce de Salia Sanou, c’est qu’avec elle, il peut tout dire. L’attente, l’angoisse, les souvenirs d’une guerre qui n’en finit pas, la difficulté de vivre ensemble et la solidarité… Rythmes et pulsations accompagnent les corps qui chaloupent et se livrent, ou fluctuent et se suspendent. La partition musicale très réussie d’Amine Bouhafa est une sorte de flux qui s’autorise tout et explore les mémoires individuelles et collectives de toutes nos tragédies. Mais l’intelligence de Salia consiste à ne pas appuyer sur le drame de la situation, et, au contraire, d’en faire la trame d’un quotidien plutôt joyeux et détaché où la menace est sans cesse embusquée. Les relations de l’individu au groupe sont bien menées, superposant les classes d’êtres et de sentiments. Il y a des uns aux autres, communication, assistante, charité, intelligence, invitation, obstacle, mesure… Le tout sans jamais rien concéder à une narrativité qui se substituerait à la nécessité du mouvement.

 

Agnès Izrine

A propos de l'événement

Du Désir d’horizons
du Jeudi 12 avril 2018 au Samedi 14 avril 2018
Le CENTQUATRE avec le Théâtre de la Ville
9 rue Curial, 75019 Paris

à 21h. Tel : 01 53 35 50 00.  


Puis le 20 avril aux Quinconces au Mans, le 15 mai à l’Espace des Arts à Chalon-sur-Saône, le 18 mai au Moulin du Roc à Niort, le 19 juin au Théâtre de Narbonne.


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