La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Dominique Blanc

Dominique Blanc - Critique sortie Théâtre
Photo : L’actrice Dominique Blanc©RosRibas

Publié le 10 septembre 2009

La Douleur : figure universelle de l’attente

Sous le regard de Patrice Chéreau et de Thierry Thieû Niang, Dominique Blanc interprète La Douleur de Marguerite Duras, le journal dans lequel une femme consigne avec pudeur l’attente intense de son homme qui pourrait peut-être revenir des camps nazis de l’enfer.

« C’est ce chaos invraisemblable d’états d’âme successifs contenus dans l’écriture qui bouscule les attentes du lecteur et du spectateur. »
 
Comment avez-vous abordé votre personnage ?
Dominique Blanc : Il fallait éviter d’interpréter le personnage de l’auteur et s’attacher plutôt à connaître le contexte politique historique. Duras évoque avec précision les jours d’avril et de mai 1945. Il faut savoir ce qui se passe en France et en Allemagne à cette époque afin de percevoir avec exactitude ce que peut être l’état d’esprit de cette femme, installée dans l’inconfort de l’attente improbable de son homme et errant dans les rues de Paris quand elle n’est pas rivée au téléphone. Le récit des Cahiers de guerre de Duras est l’essence de la Douleur, ses racines et ses ramifications.

En quoi ce texte est-il essentiel pour vous ?
D. B. : Comme le dit Patrice Chéreau, il s’agit de restituer une mémoire pour la livrer simplement. Il ne faut pas oublier ces jours où les alliés se dirigent vers la victoire avec des cris de joie dans les rues tandis que les camps de concentration se vident de leurs prisonniers, une libération qui conduit aussi à la tragédie. Certains reviennent chez eux pour mourir : affamés, ils ont mangé avec démesure. D’autres ne parviendront plus jamais à vivre. Je pense que dans la liesse du moment, on n’a pas envie de les voir ni de les entendre. D’ailleurs, ils ne parviennent pas à parler ni à exprimer leur désarroi. Ils sont dans un chaos atroce.

Comment représenter l’attente sur la scène ?
D. B. :  On peut dire qu’il n’y a rien de si peu théâtral que l’attente ; or, Duras est un grand auteur contemporain. La qualité du rendu de cette attente fait du personnage autobiographique une figure universelle. Il fallait ancrer ce travail sensible dans le réel de ce temps-là, de Paris sous l’Occupation. Pour restituer la souffrance de cette femme en retraversant la violence de ses états d’âme qui vont de l’envie de la mort à un nouvel appétit de vivre, une espérance folle et une joie. C’est ce chaos invraisemblable d’états d’âme successifs contenus dans l’écriture qui bouscule les attentes du lecteur et du spectateur. Cette langue, précise et tenue, ne ressemble en rien à la Duras des dernières années. C’est un style incroyablement moderne et arraché, sans affèteries.

Et cette femme est amoureuse…
D. B. : Résistante, communiste, cette femme est bien sûr aussi amoureuse : elle attend l’homme qu’elle aime, Robert Antelme. Une fois qu’il est là, de retour de Dachau, elle s’inquiète de savoir si elle peut le maintenir en vie à force d’amour et d’espérance. Elle imagine le pire. Va-t-il survivre ou pas ? J’aimerais interpréter le texte régulièrement, l’oublier jusqu’au dernier mot avant de le reprendre pour le transmettre aux spectateurs. Le spectacle voyage ici, ailleurs et très loin. Pour savoir.
Propos recueillis par Véronique Hotte


La Douleur

De Marguerite Duras, mise en scène de Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang, du 17 septembre au 11 octobre 2009, du mardi au samedi 21h, dimanche 17h au Théâtre de l’Atelier 1, place Charles Dullin 75018 Paris Tél : 01 46 06 49 24

A propos de l'événement



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