La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Dom Juan

Dom Juan - Critique sortie Théâtre
Photo : Nikole Daussin-Charpantier Elvire (Sandrine Bonjean) dans les bras de son bourreau (Éric Verdin)

Publié le 10 novembre 2008

Jean-Marie Villégier retrouve une inspiration créative à se frotter ainsi à cet épouseur du genre humain qu’est Dom Juan de Molière. Un vrai travail artisanal et artistique avec d’excellents comédiens.

Le spectateur connaisseur de l’art de Jean-Marie Villégier est heureux de retrouver avec Dom Juan une mise en scène à hauteur de son créateur. On attend toujours au tournant ce découvreur de talents – auteurs et acteurs – du répertoire dramatique du dix-septième siècle, de Tristan L’Hermite… ou bien de l’Atys lyriquede Lully. Le spectateur aspire à retrouver cet élan, cette verve et cette dimension poétiques qui font la griffe Villégier. La pièce a été montée une première fois au Théâtre National de Lisbonne en 1986. La qualité théâtrale tient à la diction précise et chaloupée des comédiens qui tend à la perfection classique dans un plaisir conscient et assumé à être éprouvé sur la scène. Le plateau est un lieu d’exception et non un espace de banalité. Ainsi, chez Villégier, les acteurs à l’individualité saillante font preuve à la fois d’humilité et d’intensité. Ils investissent le parquet de bois de leurs pirouettes, de leurs chutes en sabots et de leurs sauts, c’est un théâtre pleinement physique et artisanal qu’on croyait avoir oublié négligemment.

Bois, planches et distribution harmonieuse

Le public fête à cette occasion ses retrouvailles avec l’art dramatique ; les jeux de verbe et de gestes font la comédie, même si Dom Juan traite aussi de la vanité de l’existence. Éric Verdin, l’œil clair, est un Dom Juan authentique, empreint de noblesse et de rouerie, philosophe et libertin par vocation. Face à la maladresse rustique de Sganarelle (Christophe Guillon en fait des tonnes, mais il est un subtil valet bavard et gaillard), Dom Juan a « beau jeu » de faire l’aristocrate et l’homme bien né. Les paysannes Mathurine et Charlotte à la provocation acidulée et innocente (Sandrine Bonjean et Nathalie Stas), aux costumes vermeeriens, se pâment pour le séducteur et déploient une gestuelle et un grain de voix qui rassurent le spectateur dans sa posture de récepteur. Dom Alonse et Dom Carlos, les frères vengeurs d’Elvire, sûrs et forts de leur honneur, sont fiers et racés (Jean-Charles Di Zazzo et Emmanuel Guillon). Quant à la digne Elvire, une beauté grave et naturelle (Sandrine Bonjean), elle reste obstinément fidèle à son époux odieux. Un mur de cloître de palais sicilien pour façade, deux colonnes antiques, il n’en faut pas plus pour que Dom Louis (Jean-Marie Villégier ) vienne asséner avec une distinction solennelle la morale paternelle face au fils parjure. Un plaisir de scène brute – bois, planches et distribution harmonieuse. Voilà la force indiscutable de tout spectacle vivant. Un titre difficile à porter, pourtant.

Véronique Hotte


Dom Juan

De Molière, mise en scène de Jean-Marie Villégier, du 13 au 18 novembre 2008, du mardi au samedi à 20h30 et dimanche 16h au Théâtre de l’Ouest Parisien 1,place Bernard Palissy 92100 – Boulogne-Billancourt Tél : 01 46 03 60 44 www.top-bb.fr   Spectacle vu à L’Apostrophe, Théâtre des Arts/Cergy.

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